Depuis plusieurs semaines, la France fait face à une série d’attaques coordonnées visant au moins neuf établissements pénitentiaires. Les événements se sont produits dans des prisons situées à Toulon, Marseille, Aix-en-Provence, Valence, Nanterre, Villepinte et Nîmes. À Toulon, des tirs de Kalachnikov ont endommagé la porte d’entrée de la prison, tandis que des véhicules ont été incendiés à proximité de plusieurs établissements. Ces actions incluent des tirs à l’arme automatique, des incendies de véhicules appartenant au personnel pénitentiaire et des graffitis menaçants. Un groupe se présentant sous le nom de « DDPF » a revendiqué ces attaques via une chaîne Telegram créée peu avant les incidents. Ce groupe affirme défendre les droits des détenus et dénonce les conditions de détention.
Si l’amélioration des conditions de détention est évidemment une cause juste, depuis des années, l’insécurité ne cesse de grimper dans les prisons françaises, dans lesquelles les détenus prennent parfois le pouvoir. Surpopulation carcérale, armes, activités en aucun cas tournées vers la réinsertion ou la lutte contre la radicalisation… Les prisons françaises sont de véritables poudrières et les syndicats dénoncent des surveillants désabusés, traversant les coursives la peur au ventre. Chaque année, l’administration pénitentiaire recense environ 5 000 agressions physiques contre des agents. La majorité de ces incidents sont des bousculades, des coups ou des projections d’objets. Les agressions graves sont plus rares, mais sont une réalité. On en compte entre 50 et 150 par an. Le nombre de mutineries est lui difficile à connaître, les statistiques réelles n’étant pas vraiment communiquées aux médias ou au public.
Alors que la sécurité dans les prisons est censée être l’une des priorités du gouvernement, Entrevue dévoile des photos et des documents exclusifs sur la vie carcérale en France. Pour des raisons de sécurité, nous avons volontairement dissimulé la provenance de certaines photos…
Un arsenal artisanal découvert régulièrement
Sur les photos exclusives qu’Entrevue s’est procurées, il apparaît que les prisons françaises sont de véritables poudrières. Lors de la fouille des cellules, il n’est pas rare que les surveillants découvrent des armes fabriquées de façon artisanale. Couteaux, nunchakus, frondes… Les détenus les confectionnent avec les matériaux dérobés dans les ateliers de travail ou avec le mobilier des coursives qu’ils dégradent. En cellule, ils se transforment en véritables artisans pour affûter et transformer en objet d’attaque le métal, le plastique, les éclats de verre qu’ils ont récupérés.

Des armes fabriquées pour menacer, agresser ou tuer
Avec un canif conçu à partir d’une assiette cassée, des bris de verre ou des lames de rasoir montées sur un manche, les détenus cherchent à blesser les codétenus ou à agresser les surveillants. Des pistolets factices taillés dans des blocs de savon sont même retrouvés. Le but ? Tromper le surveillant pénitentiaire, le prendre en otage afin de s’évader ou faire éclater une émeute. Des stratagèmes qui glacent le sang. Face à ces copies parfaites, les unités d’élite de l’administration pénitentiaire comme les Équipes régionales d’intervention et de sécurité ou le GIGN peuvent être dupées.

Des caches ingénieuses voire farfelues…
Comme pour les armes artisanales, les détenus font preuve d’imagination dès lors qu’il s’agit de dissimuler des objets dans leur cellule. Téléphone portable, clé USB, substances illicites sont apportés par des proches lors des parloirs ou jetés dans la cour de promenade. Dissimulés dans des bouteilles à double fond, dans une salière ou à l’intérieur d’une console de jeux, ces objets changent le quotidien des détenus. Parfois, le personnel pénitentiaire ou les avocats, moyennant finances ou cédant à des pressions morales, participeraient également à ce trafic.

Les surveillants traquent les planques potentielles dans les cellules
Trente minutes à deux heures sont nécessaires pour fouiller une cellule, selon la suspicion et le degré de dangerosité du détenu. Les surveillants se transforment ainsi en véritables enquêteurs, fouillant le moindre recoin de la cellule. Dans un réfrigérateur, une planque creusée dans le polystyrène peut renfermer un téléphone portable ou des stupéfiants. Un déodorant, lui, peut cacher un câble USB. Les fonctionnaires doivent le plus souvent faire face à des détenus récalcitrants, dont certains n’hésitent pas à les agresser physiquement lorsque leur trafic est mis à jour.

Des objets inoffensifs se transforment en armes
Les objets du quotidien sont également détournés pour devenir des armes dangereuses. Il n’est pas rare que les surveillants pénitentiaires découvrent des lames dissimulées dans des boucles de ceinture ou des raquettes de ping-pong dont le manche s’avère être un couteau de cuisine… « Quand je suis entré dans l’administration pénitentiaire, un ancien m’a dit : “Il faut que tu apprennes à être plus vicieux qu’un détenu” », nous confie un surveillant. Les surveillants pénitentiaires, pour parer aux agressions, doivent anticiper tous les mauvais comportements.

Des stratagèmes habiles pour communiquer avec l’extérieur
Pour garder le contact avec l’extérieur, les détenus usent de nombreux stratagèmes. Une montre cache un téléphone portable et un stylo, une clé USB. Sur un tel support de stockage, le détenu peut consulter le plan de la prison, le détail d’une opération d’évasion organisée à l’extérieur, etc. Les clés USB WiFi sont un vrai fléau dans les prisons : elles permettent de connecter différents appareils et de créer un véritable réseau entre les cellules ou de communiquer avec l’extérieur. Face à ces trafics et au manque d’effectifs, les surveillants pénitentiaires sont dépassés et désarmés.

Escrime, équitation, accrobranche… Un air de colonie de vacances
Le 17 février 2025, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a annoncé l’interdiction de toutes les « activités ludiques » en prison, à l’exception de celles liées à l’éducation, à l’apprentissage du français et au sport. Cette décision fait suite à une polémique suscitée par des soins esthétiques offerts à des détenus de la maison d’arrêt de Toulouse-Seysses à l’occasion de la Saint-Valentin. Mais en prison, bien d’autres activités se pratiquent, comme le prouvent les photos exclusives que Entrevue s’est procurées.
À titre d’exemple, il arrive que des stages d’escrime soient proposés à des détenus. Organisés par le Service pénitentiaire d’information et de probation, ces stages font grincer les dents chez les surveillants. Ils craignent que les détenus mettent ensuite en pratique les enseignements ainsi reçus contre eux, lors de mutineries. Autres activités : le théâtre, le cirque, l’équitation, le vélo pour rejoindre ou l’accrobranche…



Plongée, sports de combat… les propositions hallucinantes du plan de lutte contre la radicalisation
Ces mesurent remontent à 10 ans, mais expliquent en partie la situation actuelle dans les prisons française. En 2015, la garde des Sceaux Christiane Taubira avait lancé le plan de lutte contre la radicalisation. À titre d’exemple, 305 333 € avaient alloués à la Direction interrégionale de Rennes. Sur les documents qu’Entrevue s’est procurés, certaines activités n’ont rien à voir avec la prévention de la radicalisation en prison : stage de cirque à Argentan (61), formation d’arbitre de tennis de table à Condé-sur-Sarthe (photo)… Pire, une initiation à la boxe à Coutances (50), aux sports de combat à Nantes (44), ainsi qu’un stage de plongée sous-marine à Angers (49) ont été organisés. À Vannes (56) (photo), c’est un stage de catamaran, facturé 6 910 €, qui est proposé à des détenus considérés comme potentiellement en voie de radicalisation. Un service trois étoiles qui coûte très cher au contribuable français, et qui, on le constate aujourd’hui, n’ont pas eu l’effet escompté…

Plus belle la vie dans les prisons marseillaises
Sur les réseaux sociaux, de nombreux détenus narguent les autorités. Sur un groupe, 120 photos montrent des des prisonniers marseillais prenant la pose avec des liasses de billets, des barrettes de shits ou des narguilés. Les colis illicites sont balancés par dessus les murs de la prison ou transmis via les parloirs. Un surveillant dénonce : « C’est un centre de vacances ! » Environ 1 000 portables sont saisis chaque année aux Baumettes. Mais avec un nombre insuffisant de surveillants, impossible de tout filtrer…

À Nice, les coursives deviennent la Promenade des Anglais
Dans un autre groupe, à Nice, pas de liasses de billets mais des détenus se promenant en toute liberté dans les couloirs, prenant la pose dans les douches ou en séance de musculation, souvent, un joint à la main. Ces clichés posent la question de l’utilisation des téléphones portables et de la lutte contre les trafics en milieu carcéral. Une prolifération des smartphones et de ces trafics a été accélérée avec l’article 57 de la loi Taubira qui interdisait la fouille systématique des prisonniers après les parloirs.

Dans le Nord, la douceur de vivre…
Le phénomène est aussi présent dans les prisons du Nord. À Longuenesse, deux détenus se prennent un bain moussant dans un bac. À Sequedin, les coursives sentent le haschich. Une piscine a même été installée dans une cellule. Il y a quelques années ans, posséder un téléphone portable valait un séjour disciplinaire. Aujourd’hui, l’administration pénitentiaire ne prononce en principe que du sursis. Les syndicats, eux, dénoncent une situation intenable…
