Au soir du 18 août, la France comptait 2 159 enfants sans solution d’hébergement après l’appel de leur famille au 115. Un chiffre inédit révélé par le dernier baromètre de l’Unicef et de la Fédération des acteurs de la solidarité, qui confirme une progression continue depuis cinq ans. La hausse atteint 6 % en un an, 30 % depuis 2022, et plus de 130 % depuis 2020, malgré les promesses politiques répétées d’en finir avec cette situation indigne.
Des vies d’errance et de fatigue extrême
Derrière les statistiques, il y a des parcours où l’urgence devient routine. Des familles dorment sur des cartons ou dans des abribus, quand elles ne trouvent pas refuge dans un bâtiment prêté par une association. Les enfants, parfois âgés de quelques mois seulement, affrontent nuits hachées, maladies chroniques et hospitalisations à répétition. Le Collectif des morts de la rue a recensé au moins 31 décès de mineurs en 2024. Des parents disent leur colère face à l’impuissance de l’État : leurs enfants sont nés en France, mais grandissent sans toit, ballottés de bus de nuit en hôtels temporaires, parfois agressés, souvent invisibles. Le code de l’action sociale oblige pourtant à héberger sans condition toute personne en détresse. La réalité, elle, se traduit par des critères de priorisation imposés aux associations, et par une saturation constante du 115, injoignable pour une partie des familles.
Une crise structurelle qui s’aggrave
Le phénomène ne relève pas de la fatalité mais de causes identifiées : crise du logement avec moins de logements sociaux attribués, inflation qui creuse la pauvreté, expulsions facilitées par la loi Kasbarian-Bergé, ralentissement des régularisations de titres de séjour. L’offre d’hébergement d’urgence, figée à 203 000 places, n’absorbe plus la demande. En Île-de-France, les chiffres explosent, mais les petites et moyennes villes sont désormais elles aussi touchées. À Tours, des collectifs d’enseignants et de parents d’élèves paient des nuits d’hôtel pour éviter que des enfants dorment dehors, faute de réponse publique. Dans les outre-mer, la situation est encore plus dramatique : Mayotte et La Réunion cumulent habitat détruit, pauvreté extrême et dérogations légales permettant à l’État de se soustraire à ses obligations. Alors que la rentrée scolaire s’annonce, ce sont des milliers d’élèves qui rejoindront les bancs de l’école après une nuit passée dans la rue. Pour l’Unicef, il ne s’agit plus d’alerter mais d’exiger un sursaut. Le symbole est cruel : dans un pays riche, les enfants payent au prix fort l’impuissance de l’État à garantir le plus élémentaire des droits, celui d’avoir un toit.