BANGKOK – Le président d’une des plus grandes entreprises de construction de Thaïlande, Premchai Karnasuta, et quatorze autres individus se sont rendus à la police vendredi, deux mois après l’effondrement d’une tour inachevée à Bangkok qui a causé la mort de 92 ouvriers. L’accident, survenu à la suite d’un puissant séisme de magnitude 7,7 ayant frappé le Myanmar voisin en mars, reste l’un des plus graves de l’histoire récente du pays.
La structure effondrée, une tour de 30 étages destinée à abriter la Cour des comptes, était le seul bâtiment de la capitale thaïlandaise à avoir cédé sous les secousses telluriques. Selon les autorités, quatre personnes sont encore portées disparues, malgré une opération de sauvetage qui s’est prolongée pendant six semaines sur le site.
Les suspects sont principalement des cadres et ingénieurs affiliés à Italian Thai Development (ITD), entreprise emblématique du secteur, et à plusieurs autres sociétés impliquées dans la conception et la construction du bâtiment. D’après le commissaire adjoint de la police métropolitaine de Bangkok, Noppasin Poonsawat, ils font face à des accusations de négligence et de non-respect des normes de construction.
Les premières conclusions de l’enquête révèlent une conception architecturale non conforme aux réglementations ministérielles, ainsi que l’utilisation de matériaux de qualité inférieure, notamment du béton et de l’acier inadéquats. De faux documents d’ingénierie, comportant de fausses signatures, ont également été découverts.
Peu après le drame, des soupçons de corruption avaient été soulevés par une organisation de surveillance indépendante. Les résultats préliminaires des tests menés en mars sur les débris ont confirmé les premières inquiétudes quant à la qualité des matériaux utilisés.
Les quinze suspects ont été présentés devant un tribunal pour une audience préliminaire et ont nié en bloc les accusations. Deux autres personnes, également impliquées, doivent se présenter aux autorités lundi. L’enquête, toujours en cours, vise à déterminer les responsabilités exactes dans ce qui pourrait devenir un scandale de grande ampleur dans le secteur de la construction.
Premchai Karnasuta n’en est pas à sa première affaire judiciaire : en 2021, il avait été condamné à plus de trois ans de prison pour avoir braconné des espèces protégées, dont un léopard noir, dans une réserve naturelle. Malgré cette condamnation, il avait conservé un rôle actif à la tête de son entreprise, aujourd’hui sous le feu des projecteurs pour des raisons bien plus tragiques.