Une grave erreur humaine a conduit, en avril 2019, à la contamination du réseau d’eau potable de Breuil-le-Sec, dans l’Oise. Jugé ce jeudi 24 avril 2025 par le tribunal correctionnel de Beauvais, le groupe Suez encourt une amende de 50 000 euros. L’entreprise est poursuivie pour avoir distribué une eau impropre à la consommation, entraînant une épidémie de gastro-entérites qui a touché plus de 260 personnes, dont plusieurs enfants hospitalisés.
Un dispositif non conforme et une population exposée
L’origine du drame remonte au 24 avril 2019. Ce jour-là, une vague soudaine de diarrhées, vomissements et fièvres frappe la commune. Très vite, les analyses de l’Agence régionale de santé (ARS) confirment la présence de bactéries dans l’eau du robinet. L’enquête identifie la cause : un disconnecteur, élément clé censé empêcher les eaux usées de revenir dans le circuit d’eau potable, n’avait pas été correctement remis en place par un agent de Suez. Pire : ce disconnecteur était manuel, alors qu’un arrêté ministériel de 2015 impose l’utilisation de dispositifs automatiques. Suez, exploitant délégué du service public de l’eau dans la commune, est accusé de ne pas avoir informé la collectivité de la nécessité de moderniser ses installations. La communauté de communes du Clermontois, partie civile dans le procès, estime que cette négligence constitue une faute grave.
Un préjudice humain et symbolique
Le choc pour les habitants a été considérable. Certains ont reçu des indemnisations, mais les montants proposés sont jugés dérisoires par plusieurs victimes. « On nous a proposé 400 euros à moi et à ma fille. Rien pour mon mari. Est-ce que boire de l’eau contaminée par des matières fécales vaut 400 euros ? », s’indigne Justine, une mère de famille marquée par l’épisode. Pour le ministère public, le dossier révèle un « cumul de fautes » de la part du groupe Suez, avec des carences dans l’information du public, un non-respect des obligations réglementaires et un « coût social non négligeable ». En défense, l’avocat de l’entreprise, Me François Saint-Pierre, rappelle que la société avait tenté de contenir la crise au plus vite, tout en soulignant qu’une entreprise ne peut être tenue pénalement responsable des actes isolés d’un salarié. Le tribunal rendra sa décision le 12 juin 2025. Pour les familles touchées, cette audience marque une étape importante dans la reconnaissance du préjudice subi.