Cannes expulse ses hôtels fantômes : une traque en plein cœur de la ville
Cannes expulse ses hôtels fantômes : une traque en plein cœur de la ville

Il avait tout d’un quatre étoiles, sauf l’autorisation d’exister. Façade impeccable, réceptionniste souriante, draps changés au quotidien et 300 euros la nuit pour une chambre avec vue. Mais derrière la vitrine, l’illégalité. Ce lundi 4 août, la mairie de Cannes a mis fin aux activités d’un nouveau faux hôtel en plein centre-ville. Il s’agit du septième établissement clandestin fermé en seulement dix-huit mois dans la ville azuréenne. Le contrôle, expéditif et sans appel, a mobilisé pompiers, policiers, agents de l’urbanisme et de la santé. En moins d’une heure, le constat était posé : bâtiment non déclaré comme établissement recevant du public, sécurité incendie inexistante, extincteur périmé depuis près de dix ans, buanderie sauvage dans un couloir étroit. Résultat : fermeture administrative immédiate sur décision du conseiller municipal en charge de la sécurité, Antoine Babu. Contacté sur place, le propriétaire n’a pu qu’écouter le verdict lors d’un échange tendu.

Une explosion illégale sous couvert d’Airbnb et de liberté d’entreprendre

La combine est bien rodée : un immeuble entier, plusieurs appartements réaménagés avec goût, des services copiés sur l’hôtellerie traditionnelle (navettes, blanchisserie, accueil), et aucune autorisation. Pas de normes, pas d’enregistrement, pas d’impôts hôteliers. Le tout dissimulé derrière un simple statut d’habitation. À Cannes, la prolifération de ces structures illégales inquiète les autorités. Car malgré ses 120 hôtels officiels pour 5 500 chambres, la ville croule sous une demande touristique qui pousse certains investisseurs à franchir la ligne jaune. Airbnb recense déjà plus de 14 000 logements référencés dans la seule agglomération.

Ce développement anarchique crée une double fracture

D’abord une distorsion de concurrence dénoncée par les professionnels du secteur. Christine Welter, présidente de l’Umih Cannes Hôtel, alerte sur le déséquilibre : « Il y en a bien plus qu’à Paris. Ils doivent se mettre aux normes, il y a un vrai problème d’équité ». Ensuite, un problème social : ces hôtels clandestins réduisent l’offre de logements pour les actifs, tout en exposant les clients à des risques majeurs en cas d’incendie ou d’évacuation urgente. Pour la mairie, l’action va se poursuivre. Impossible de quantifier précisément le phénomène, mais les dossiers s’accumulent. Les inspections ciblent d’abord les failles sécuritaires : absence d’alarme incendie centralisée, pas de cloisonnement des fumées, escaliers non conformes. Selon Antoine Babu, les auteurs sont rarement des marginaux : agents immobiliers reconvertis, commerçants prudents en quête de retraite, investisseurs chevronnés tentés par des rendements sans contraintes. À Cannes, le palmarès touristique ne suffit plus à excuser les dérives. Le mot d’ordre est posé : « Oui à la liberté économique, non à l’anarchie mercantile ». Et les contrôles devraient s’intensifier dans les mois à venir. Car, d’après les services municipaux, la liste des hôtels zombies encore actifs est loin d’être close.

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