Il pensait débuter un nouveau chapitre professionnel, il l’a commencé sur un lit d’hôpital. À l’automne 2023, un employé fraîchement promu chef d’équipe chez AFS Sedan, entreprise industrielle des Ardennes, a été la cible d’un acte humiliant et violent sous couvert d’un prétendu bizutage. Ce lundi 30 juin, les deux anciens salariés impliqués ont comparu devant le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières pour répondre de violences aggravées. Le ministère public a requis deux ans de prison avec sursis. Le jugement est attendu pour le 8 septembre. Au cœur de l’affaire, un compresseur pneumatique utilisé comme arme. Le jour des faits, l’un des prévenus aurait tenu la victime par les épaules pendant que l’autre dirigeait un jet d’air comprimé (sous pression de 6 à 7 bars) en direction de son rectum. L’impact, d’une rare violence, a provoqué une perforation intestinale nécessitant une opération chirurgicale d’urgence. Une partie de l’intestin a dû être retirée. Les séquelles sont lourdes : douleurs chroniques, atteinte de la sphère psychologique, et une vie personnelle et professionnelle bouleversée.
Des versions contradictoires et une défense en ordre dispersé
Initialement estimée à huit jours, l’incapacité totale de travail a été portée à cent jours. Selon l’avocat de la victime, cet homme de trente ans peine aujourd’hui à se reconstruire. Il ne réclame ni vengeance ni spectacle judiciaire, mais la reconnaissance du préjudice et les moyens de s’adapter à sa nouvelle réalité. Les deux prévenus ont été licenciés après les faits. Celui qui tenait le compresseur a reconnu sa responsabilité et exprimé à plusieurs reprises des regrets. Le second, Messaoud Z., nie toute participation consciente. S’il admet avoir immobilisé la victime, il conteste avoir compris ce que son collègue s’apprêtait à faire. Son avocat plaide la relaxe, arguant de l’absence d’intention coupable et d’un contexte qualifié de « chamaillerie ». Mais un témoin a affirmé que l’opération avait été planifiée à l’avance, mettant à mal cette ligne de défense.
L’entreprise mise en cause ?
À l’audience, les avocats de la défense ont tenté d’impliquer l’employeur, AFS Sedan, dans la procédure. Ils ont notamment souligné l’absence de formation spécifique à l’usage du compresseur pneumatique et le fait que les salariés s’en servaient parfois entre eux, notamment pour se dépoussiérer à la fin des journées. Un usage dévoyé mais toléré ? L’entreprise nie toute responsabilité, assurant que ses salariés sont formés à leur poste et que la sécurité est assurée. Pour elle, il ne saurait être question de répondre pénalement d’un dérapage individuel. Le renvoi du procès, initialement prévu en janvier, avait d’ailleurs été demandé pour faire comparaître AFS Sedan. La stratégie a ses limites : le tribunal correctionnel ne peut trancher la responsabilité civile de l’employeur. C’est devant le pôle social du tribunal judiciaire qu’un tel débat pourrait avoir lieu, à l’initiative de la victime. Messaoud Z., qui continue de clamer son innocence, conteste également son licenciement. Il a saisi les Prud’hommes pour faire reconnaître un licenciement abusif. Mais quelle que soit l’issue de cette procédure parallèle, l’enjeu de ce procès reste la reconnaissance d’un acte d’une extrême violence commis dans un cadre professionnel. Une scène sordide où le « bizutage » vire à l’agression délibérée, et où les lignes de défense se croisent, entre dénégation, excuses tardives et rejet de responsabilité.