Dimanche, deux hommes armés ont ouvert le feu lors d’une célébration de Hanoukka sur la plage de Bondi à Sydney, faisant au total 15 morts, dont un enfant, ont annoncé les autorités lundi. Le Premier ministre Anthony Albanese a qualifié l’attaque d’acte de terrorisme antisémite ayant frappé « au cœur de la nation ». Les tireurs étaient un père et son fils, ont précisé les autorités.
Le massacre, survenu sur l’une des plages les plus populaires d’Australie, fait suite à une vague d’attaques antisémites qui secouent le pays depuis un an. Il s’agit de la fusillade la plus meurtrière depuis près de trente ans dans un pays doté de lois très strictes sur les armes à feu.
L’un des tireurs, un homme de 50 ans, a été abattu par la police. L’autre, son fils âgé de 24 ans, a été blessé et hospitalisé, a indiqué Mal Lanyon, commissaire de la police de Nouvelle-Galles du Sud.
La police a précisé que l’un des assaillants était connu des services de sécurité, mais que les autorités n’avaient aucun indice d’une attaque planifiée, selon Lanyon.
Les victimes âgées de 10 à 87 ans
Les victimes étaient âgées de 10 à 87 ans, a déclaré le Premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud Chris Minns. Au moins 42 autres personnes étaient hospitalisées lundi matin, plusieurs dans un état critique.
« Ce que nous avons vu hier était un acte de mal absolu, un acte d’antisémitisme, un acte de terrorisme sur notre sol, dans un lieu emblématique australien, Bondi Beach, associé à la joie, aux rassemblements familiaux et aux célébrations », a déclaré Anthony Albanese lundi. « Cet endroit est à jamais terni par ce qui s’est produit. »
La fusillade visait une célébration juive
La violence a éclaté à la fin d’une journée estivale, alors que des milliers de personnes s’étaient rassemblées sur Bondi Beach, symbole de la vie culturelle australienne. Parmi elles figuraient des centaines de personnes venues assister à l’événement “Chanukah by the Sea”, célébrant le début de la fête juive de Hanoukka, qui dure huit jours.
Les festivités comprenaient du maquillage pour enfants et une ferme pédagogique. Puis le chaos a éclaté.
Le mouvement juif orthodoxe Chabad, qui organise des actions de proximité dans le monde entier et parraine des événements lors des grandes fêtes juives, a identifié l’un des morts comme étant le rabbin Eli Schlanger, rabbin adjoint du Chabad de Bondi et organisateur de l’événement.
Un Francais parmi les victimes
Le ministère israélien des Affaires étrangères a confirmé la mort d’un citoyen israélien, sans donner plus de détails. Le président français Emmanuel Macron a annoncé qu’un citoyen français, identifié comme Dan Elkayam, figurait également parmi les victimes.
Des témoignages ont commencé à émerger dans les médias locaux lundi. Larisa Kleytman a déclaré à des journalistes devant l’hôpital St Vincent que son mari, Alexander Kleytman, faisait partie des victimes. Le couple était rescapé de la Shoah.
La police a indiqué que les services d’urgence avaient été appelés vers 18 h 45, après des signalements de coups de feu. Des vidéos filmées par des témoins montrent des personnes en maillot de bain fuyant la plage alors que les tirs retentissaient.
D’autres images montrent deux hommes vêtus de noir, tirant avec des armes longues depuis une passerelle menant à la plage. Une séquence particulièrement marquante, diffusée à la télévision australienne, montre un homme se jeter sur l’un des tireurs pour le désarmer, pointer ensuite l’arme vers lui, puis poser le fusil au sol.
Chris Minns a qualifié cet homme, identifié par des proches dans les médias australiens comme Ahmed al Ahmed, propriétaire d’un magasin de fruits, de « véritable héros ».
Des témoignages glaçants
Arsen Ostrovsky, avocat présent à la cérémonie de Hanoukka avec sa femme et ses filles, a été frôlé à la tête par une balle. Il a indiqué avoir quitté Israël pour l’Australie deux semaines plus tôt afin de travailler pour une organisation de défense des droits juifs.
« Ce que j’ai vu aujourd’hui était le mal à l’état pur, un véritable carnage. Des corps jonchaient le sol partout », a-t-il écrit depuis l’hôpital. « Je n’aurais jamais cru que cela puisse arriver ici, en Australie. »
Lachlan Moran, 32 ans, originaire de Melbourne, a déclaré qu’il attendait sa famille lorsqu’il a entendu les coups de feu : « J’ai couru aussi vite que possible », a-t-il expliqué. Les tirs ont duré environ cinq minutes par intermittence. « Tout le monde abandonnait ses affaires et courait, les gens pleuraient, c’était horrible. »
L’antisémitisme secoue l’Australie
Anthony Albanese a promis que cette violence donnerait lieu à « un moment d’unité nationale, où les Australiens, sans distinction, soutiendront leurs concitoyens de confession juive ». Certains opposants politiques et le gouvernement israélien l’ont accusé de ne pas avoir agi suffisamment pour empêcher un tel drame.
L’Australie, qui compte 28 millions d’habitants, abrite environ 117 000 Juifs. Les actes antisémites, agressions, dégradations, menaces et intimidations, ont plus que triplé au cours de l’année suivant l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, et la guerre menée ensuite à Gaza, selon l’envoyée spéciale du gouvernement chargée de la lutte contre l’antisémitisme.
L’an dernier, des attaques antisémites ont visé Sydney et Melbourne : synagogues et voitures incendiées, commerces et habitations tagués, agressions contre des Juifs. Ces deux villes abritent 85% de la population juive du pays.
En août, Albanese a accusé l’Iran d’être à l’origine de deux attaques et a rompu les relations diplomatiques avec Téhéran.
Israël a exhorté le gouvernement australien à lutter contre les crimes visant les Juifs. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé avoir averti les dirigeants australiens des dangers liés à l’inaction face à l’antisémitisme, estimant que la reconnaissance d’un État palestinien « attise le feu de l’antisémitisme ».
Une enquête en cours
Les autorités ne recherchent aucun autre suspect, a indiqué Mal Lanyon. La police a promis une enquête approfondie.
Deux engins explosifs artisanaux ont été découverts sur les lieux et neutralisés par des experts. Ils ont été décrits comme rudimentaires, devant être déclenchés par une mèche et non à distance.
Les fusillades restent rares en Australie
Chris Minns a déclaré que des changements de la législation sur les armes étaient « presque certains » après ce massacre. Le tireur de 50 ans possédait six armes à feu, retrouvées lors d’une perquisition.
Les fusillades de masse sont extrêmement rares en Australie depuis le durcissement des lois après le massacre de Port Arthur en 1996, qui avait fait 35 morts.
De nombreuses réactions internationales
Des messages de choc et de compassion ont afflué du monde entier. Le roi Charles III a déclaré être « épouvanté et profondément attristé par cette attaque terroriste antisémite effroyable ».
Le secrétaire général de l’ONU António Guterres s’est dit horrifié.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a condamné fermement l’attaque, affirmant que « l’antisémitisme n’a pas sa place dans ce monde ».