À Gaza, la crise humanitaire atteint un seuil critique pour les plus vulnérables : les nourrissons. Face à une pénurie extrême de lait maternisé et à une malnutrition croissante, des familles désespérées se voient contraintes d’improviser des solutions périlleuses pour tenter de nourrir leurs bébés. C’est le cas de Muntaha, une fillette de trois mois, nourrie à la pâte de pois chiches dans une tente de fortune dressée sur une plage de Gaza.
« Si le bébé pouvait parler, il nous crierait dessus », confie Abir Hamouda, la tante de l’enfant. Sa grand-mère écrase minutieusement des pois chiches pour les transformer en une pâte administrée à la seringue, une tentative hasardeuse de substitut au lait infantile. Muntaha se tord de douleur à chaque bouchée, mais sa famille n’a pas d’autre choix : c’est cela ou la famine. Comme elle, de nombreux nourrissons de moins de six mois reçoivent aujourd’hui des aliments que leur système digestif n’est pas prêt à assimiler, un danger que dénoncent les agences d’aide.
Le lait maternisé, autrefois accessible par le biais de l’aide internationale, est désormais devenu quasi introuvable. Les convois humanitaires peinent à entrer dans l’enclave, et les stocks s’amenuisent. À cela s’ajoute le fait que nombre de femmes, affaiblies par la malnutrition ou séparées de leurs enfants en raison des combats et des déplacements, ne peuvent pas allaiter. Certaines, comme la mère de Muntaha, ne sont même plus là.
La mère de la petite fille a été gravement blessée par balle alors qu’elle était enceinte. Elle a accouché prématurément, inconsciente, en soins intensifs, avant de succomber quelques semaines plus tard. Le directeur de l’hôpital Shifa avait relaté ce drame sur les réseaux sociaux fin avril, une parmi d’innombrables tragédies liées au conflit.
Les conditions de vie à Gaza se dégradent à un rythme alarmant, et les nourrissons, qui nécessitent une nutrition spécifique et constante, en paient le prix fort. Des alternatives comme les pois chiches, les herbes ou les bouillies diluées sont tentées à défaut de mieux, mais elles exposent les bébés à des risques graves de diarrhée, de déshydratation et de carences nutritionnelles majeures.
Face à cette situation, les appels des ONG et des agences internationales se multiplient, réclamant un accès humanitaire sans entrave pour acheminer des produits essentiels à la survie des nourrissons. Mais tant que les hostilités se poursuivent et que les blocages logistiques perdurent, la survie de nombreux bébés de Gaza dépendra d’actes désespérés — et souvent dangereux — de leurs proches.