Fondée en 1959 sous le nom d’Euskadi Ta Askatasuna (« Pays basque et liberté »), ETA est née durant la dictature du général Francisco Franco. À l’origine, le mouvement se présente comme une organisation nationaliste basque destinée à défendre la langue, la culture et l’identité basques, alors fortement réprimées par le régime franquiste. Très rapidement, il abandonne l’action politique traditionnelle pour adopter la lutte armée dans le but d’obtenir l’indépendance du Pays basque espagnol et français.
Le premier attentat mortel revendiqué par ETA remonte à 1968. Au fil des années, l’organisation multiplie les assassinats ciblés, les enlèvements, les extorsions de fonds et les attentats à l’explosif contre des représentants de l’État espagnol, des militaires, des policiers, mais également des civils. L’assassinat, en 1973, du président du gouvernement espagnol Luis Carrero Blanco, considéré comme le dauphin de Franco, reste l’une de ses opérations les plus spectaculaires.
Une campagne terroriste qui a marqué l’Espagne
Contrairement à une idée répandue, l’essentiel des violences d’ETA s’est produit après la mort de Franco et le retour de la démocratie en Espagne. Malgré l’octroi d’un statut d’autonomie au Pays basque en 1979, l’organisation poursuit sa campagne armée, estimant que seule l’indépendance complète répond à ses revendications. L’année 1980 constitue son épisode le plus meurtrier, avec au moins 92 personnes tuées.
Au total, ETA est tenue pour responsable de la mort de plus de 850 personnes, dont des policiers, des militaires, des responsables politiques, des magistrats, mais aussi plusieurs centaines de civils. Parmi les attentats les plus marquants figurent celui du centre commercial Hipercor de Barcelone en 1987, qui fait 21 morts, ou encore l’assassinat du jeune élu Miguel Ángel Blanco en 1997, événement qui provoque une mobilisation historique de millions d’Espagnols contre le terrorisme.
Le déclin progressif de l’organisation
À partir des années 2000, ETA est progressivement affaiblie par la coopération policière et judiciaire entre l’Espagne et la France. De nombreux dirigeants sont arrêtés, ses réseaux financiers sont démantelés et son soutien populaire recule fortement. Plusieurs cessez-le-feu sont annoncés puis rompus, sans déboucher sur une paix durable.
Le 20 octobre 2011, l’organisation annonce finalement « l’arrêt définitif de son activité armée ». Elle remet officiellement ses armes aux autorités françaises en 2017, avant de publier, en mai 2018, un communiqué annonçant sa dissolution complète et la fin de toutes ses structures organisationnelles. Quelques jours auparavant, ETA avait présenté des excuses à une partie de ses victimes, une démarche jugée insuffisante par de nombreuses associations.
Un héritage encore sensible
Si ETA n’existe plus aujourd’hui, son héritage continue de marquer profondément la société espagnole. Les procédures judiciaires concernant d’anciens membres se poursuivent encore, plusieurs crimes n’ayant jamais été totalement élucidés. Les questions liées au rapprochement des détenus, à la mémoire des victimes et à la place de l’ancien mouvement dans le débat politique restent régulièrement sources de tensions.
La disparition d’ETA a mis fin à l’une des plus longues campagnes terroristes d’Europe occidentale. Elle n’a toutefois pas fait disparaître le débat sur l’avenir institutionnel du Pays basque, désormais porté exclusivement par des partis politiques qui défendent leurs revendications par des moyens démocratiques.
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