Pékin et Moscou branchent le nucléaire pour décrocher la pole position sur la Lune
Pékin et Moscou branchent le nucléaire pour décrocher la pole position sur la Lune

Installer un réacteur sur la Lune : voilà l’objectif que la Chine et la Russie se sont fixé pour la décennie qui s’ouvre. Pékin, lancé à pleine vitesse dans son programme Chang’e, veut envoyer son premier taïkonaute sur le sol lunaire d’ici 2030 et ériger, avec Moscou, une International Lunar Research Station (ILRS) branchée sur une petite centrale atomique. Pour la Russie, spécialiste historique du nucléaire spatial, c’est l’occasion de revenir dans la course après des années de budgets rabotés ; pour la Chine, un moyen de rattraper (et de contrer) la bannière étoilée au moment où la NASA promet deux pas américains sur la Lune dès 2027. Reste que logistique, sécurité radiologique et transport des modules sur 380 000 km séparent encore le communiqué d’un interrupteur vraiment allumé.

Une alliance géopolitique sous neutrons rapides

Wu Weiren, architecte du programme chinois, chiffre déjà : 50 pays, 500 institutions, 5 000 chercheurs et, surtout, un partenaire-clef, Roscosmos, missionné pour livrer le cœur du réacteur avant 2035. L’enjeu n’est pas seulement d’alimenter les instruments scientifiques ; il s’agit de disposer d’une source d’énergie stable, nuit lunaire comprise, pour creuser, imprimer en 3D des habitats et, à terme, extraire hélium-3 et métaux rares. Un pari qui rebat les cartes : d’un côté, l’Occident mise sur les fermes solaires d’Artemis ; de l’autre, le duo sino-russe parie sur le fissionnel compact. Entre coopérations affichées et rivalités latentes, la conquête lunaire redevient un test grandeur nature des équilibres stratégiques.

Au-delà du prestige : un laboratoire pour l’énergie du futur

Réussir un réacteur nucléaire sur la Lune offrirait un démonstrateur unique pour des mini-centrales terrestres plus sûres et plus propres – un argument que Pékin et Moscou ne manqueront pas de brandir face à une planète affamée de kilowattheures décarbonés. Mais le moindre incident radioactif sur un sol sans atmosphère déchaînerait la méfiance internationale. Entre promesse de recherche scientifique XXL et risques d’escalade techno-militaire, la Lune confirme son statut : laboratoire ultime, mais aussi nouvelle frontière où chaque watt vaudra bientôt un morceau de souveraineté.

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