À l’origine, il ne s’agissait que d’un rêve un peu fou : faire pousser des plantes en orbite, sans intervention humaine. Aujourd’hui, la start-up franco-américaine Interstellar Lab est sur le point de le concrétiser. En mai 2026, l’une de ses serres autonomes embarquera à bord de Haven-1, une station spatiale privée développée par la société américaine Vast. Objectif : observer la croissance de végétaux en microgravité. Une prouesse technologique, fruit de cinq années de développement intensif. La Biocapsule Eden 1.0, conçue à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), fonctionnera de manière entièrement autonome à bord de la station. Contrairement à l’ISS, où les cultures exigent une surveillance constante, les plantes dans Haven-1 devront survivre seules entre deux missions habitées. Pour Max Haot, fondateur de Vast, cette expérience permettra d’analyser « l’adaptation génétique des plantes à l’absence de pesanteur » et d’anticiper la production alimentaire de demain, dans l’espace comme sur Terre.
Du muguet pour L’Oréal, des carottes pour la NASA
Mais Interstellar Lab ne se contente pas d’explorer les étoiles. Sur Terre, l’entreprise emploie 29 salariés et cultive dans ses « Biopods » des plantes rares pour les industries de la cosmétique et des parfums. Grâce à une maîtrise totale des paramètres de culture – lumière, humidité, température, nutriments –, elle parvient à accélérer considérablement la croissance végétale. Certaines plantes qui mettent neuf semaines à pousser en plein champ atteignent leur maturité en moins de quatre semaines dans ces bulles contrôlées. Travaillant avec L’Oréal depuis un an et demi, Interstellar Lab cultive notamment de la centella pour des soins dermatologiques, ainsi que du muguet et de l’edelweiss pour des essais de parfumerie. Le muguet, traditionnellement muet (son essence étant impossible à capter), pourrait livrer ses secrets grâce à ces conditions expérimentales inédites.
Objectif Lune… et Grasse
Avant de décoller pour l’espace, les « Biopods » vont d’abord prendre racine à Grasse, chez le fabricant d’arômes Robertet. Ce sera la première implantation commerciale de la start-up, qui entame désormais sa phase d’industrialisation. Une nouvelle version cubique, plus compacte et moins énergivore, a été présentée en juin au salon Vivatech. En parallèle, l’équipe prépare de nouveaux partenariats spatiaux et vise les missions lunaires Artemis de la NASA. Lauréate en 2024 d’un concours de l’agence spatiale américaine, Interstellar Lab a déjà prouvé sa capacité à produire 10 kg de nourriture en deux semaines dans un environnement simulant l’espace. Et si, comme dans le film Seul sur Mars, certains rêvent de patates martiennes, Barbara Belvisi tempère avec le sourire : « Les racines sont trop longues, ça prend trop de place. La NASA préfère les carottes. »