La distribution d’aide alimentaire à Gaza a dégénéré mardi, alors que des milliers de Palestiniens affamés ont pris d’assaut un nouveau centre soutenu par les États-Unis. Situé près de Rafah, dans le sud de l’enclave, le site a été débordé par l’affluence. Les forces israéliennes, stationnées à proximité, ont tiré des coups de semonce, provoquant un mouvement de panique parmi la foule.
Un journaliste de l’Associated Press a entendu des tirs de char, des coups de feu et vu un hélicoptère israélien larguer des leurres thermiques. L’armée israélienne a déclaré avoir procédé à des tirs d’avertissement à l’extérieur du centre, avant de « rétablir le contrôle de la situation ». Trois blessés palestiniens ont été recensés sur place, dont un touché à la jambe.
Le centre, inauguré la veille par la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), avait pour objectif de prendre le relais des organisations humanitaires traditionnelles, sur décision d’Israël. Mais l’ONU et d’autres ONG ont catégoriquement rejeté ce système, estimant qu’il ne répond pas aux besoins humanitaires et permet à Israël d’utiliser la nourriture comme levier de contrôle sur la population. Ces organisations dénoncent également les risques d’affrontement entre civils désespérés et soldats israéliens.
Dès le matin, quelques dizaines de personnes ont reçu des colis alimentaires. Mais très vite, des milliers d’autres, venus à pied depuis les camps de fortune de la côte méditerranéenne, ont afflué vers le site, parfois après avoir traversé des positions militaires israéliennes. L’accès, contrôlé par des clôtures et des contrôles biométriques, s’est transformé en chaos : des barrières ont été arrachées, les agents ont fui, et les colis ont été saisis par la foule.
Des témoins ont décrit des scènes de désordre total. « Il n’y avait aucun ordre, les gens se sont rués sur les colis, il y a eu des tirs, et nous avons fui », a raconté Hosni Abu Amra. Un autre homme, Ahmed Abu Taha, a confirmé avoir vu des appareils militaires israéliens et entendu des coups de feu. Une majorité des personnes présentes sont reparties les mains vides.
GHF a déclaré avoir temporairement quitté le site pour des raisons de sécurité, puis avoir repris les opérations une fois la situation stabilisée. Le groupe emploie des agents de sécurité privés armés et installe ses centres à proximité des positions militaires israéliennes. Deux de ses quatre centres d’aide sont actuellement actifs à Rafah.
Les critiques contre le système GHF sont nombreuses. L’ONU accuse Israël d’utiliser la faim pour contraindre la population à se regrouper dans des zones spécifiques — une stratégie potentiellement assimilable à un déplacement forcé, interdit par le droit international. L’utilisation de la reconnaissance faciale pour filtrer les bénéficiaires suscite également de vives inquiétudes.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a reconnu « une perte de contrôle momentanée », avant de se féliciter d’un retour à la normale. Il a réaffirmé son intention de transférer toute la population de Gaza vers une « zone stérile » au sud, pendant que l’armée poursuit ses opérations contre le Hamas.
L’ONU dément que les aides soient détournées par le Hamas, comme le prétend Israël, et dénonce une aide humanitaire dramatiquement insuffisante. Jens Laerke, porte-parole du Bureau humanitaire de l’ONU, a dénoncé les itinéraires « dangereux » imposés par Israël pour acheminer les vivres. Selon COGAT, l’autorité israélienne chargée de la coordination humanitaire, 400 camions chargés de nourriture attendraient d’être récupérés à la frontière — mais les humanitaires refusent de les récupérer faute de sécurité sur les routes.
Dans une bande de Gaza au bord de la famine, la mise en place de ce nouveau système d’aide, sous tutelle israélienne, suscite des tensions explosives, tandis que des millions de civils restent pris en étau entre la faim et les balles.