Famine, bombardements et choléra : El Fasher, ville assiégée du Soudan, s’enfonce dans le chaos
Famine, bombardements et choléra : El Fasher, ville assiégée du Soudan, s’enfonce dans le chaos

Au cœur d’un conflit qui déchire le Soudan depuis plus d’un an, la ville d’El Fasher, dans la région du Darfour, vit l’une de ses pires tragédies. Encerclée par les Forces de soutien rapide (RSF), une milice paramilitaire engagée dans une guerre ouverte contre l’armée nationale soudanaise, la ville fait face à une crise humanitaire majeure. Les habitants, pris au piège entre les bombardements, la faim et les épidémies, sont confrontés à une détresse sans précédent.

Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les RSF intensifient leurs attaques contre El Fasher, qui reste l’un des derniers bastions de l’armée au Darfour. Des obus pleuvent régulièrement sur les quartiers résidentiels, détruisant les habitations et semant la terreur. Des civils racontent vivre dans la peur constante, privés de sécurité, de nourriture et de soins médicaux. L’encerclement de la ville a coupé les voies d’approvisionnement, aggravant la pénurie déjà critique de vivres, d’eau potable et de carburant.

La famine s’installe. Les marchés sont vides, les champs sont inaccessibles, et les aides humanitaires ne peuvent atteindre la ville qu’au compte-gouttes, lorsqu’elles ne sont pas bloquées ou détournées. « Nous survivons avec un peu de farine et de l’eau », confie Houda Ali Mohammed, une mère de quatre enfants réfugiée dans un abri de fortune à Tawila, dans le Nord-Darfour. « Chaque jour, je prie pour que mes enfants aient quelque chose à manger. » Le spectre de la malnutrition massive plane, avec un impact dramatique sur les enfants et les personnes âgées.

Outre la faim, la population d’El Fasher fait face à une autre menace : le choléra. Les conditions insalubres, combinées au manque d’accès à l’eau propre et aux soins, ont entraîné une flambée de cas. Les autorités médicales locales, débordées, tirent la sonnette d’alarme alors que les hôpitaux, endommagés par les frappes ou submergés par l’afflux de patients, ne peuvent plus faire face. Des fosses communes commencent à se multiplier en périphérie de la ville, illustrant l’ampleur des pertes humaines.

El Fasher, jadis un centre névralgique du Darfour, symbolise désormais l’effondrement de l’État soudanais. Depuis le début de la guerre civile en avril 2023, plus de 10 millions de personnes ont été déplacées à travers le pays, selon les données de l’ONU. Le conflit entre les RSF et l’armée, alimenté par des rivalités politiques et ethniques profondes, a plongé le pays dans un chaos quasi total, sans perspective de résolution immédiate.

Les appels de la communauté internationale à un cessez-le-feu humanitaire se heurtent à l’indifférence des belligérants, chacun cherchant à prendre l’avantage sur le terrain. Pendant ce temps, à El Fasher, les habitants enterrent leurs morts dans l’urgence, entre deux frappes, sans larmes, faute de forces. La ville, assiégée et épuisée, lutte pour sa survie.

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