Cent ans après avoir interdit la baignade dans la Spree pour cause de pollution, Berlin pourrait bientôt renouer avec ses eaux urbaines. Mardi, environ 200 personnes ont plongé dans le canal de la Spree au cœur du quartier historique de Mitte, à proximité de l’île aux Musées, pour démontrer que la rivière est aujourd’hui suffisamment propre pour s’y baigner — et que cela peut être un vrai plaisir.
À l’origine de cette mobilisation symbolique : le collectif Fluss Bad Berlin, qui milite depuis plusieurs années pour l’ouverture d’un bassin de baignade dans le centre-ville. L’événement a été officiellement déclaré comme une manifestation, contournant ainsi l’interdiction toujours en vigueur. « Depuis cent ans, on ne peut plus se baigner dans la Spree en centre-ville, et cela ne se justifie plus. Nous pouvons prouver que la qualité de l’eau est, en général, suffisante pour la baignade en saison », a affirmé Jan Edler, membre du comité directeur du collectif.
La ville de Berlin interdit la baignade dans la Spree depuis mai 1925, invoquant à l’époque une pollution telle que l’eau représentait un danger sanitaire. Les anciens bains fluviaux, parfois le seul moyen pour les plus pauvres de se laver, furent alors tous fermés. Aujourd’hui, bien que l’eau soit en grande partie propre, elle reste ponctuellement polluée lors de fortes pluies.
Le projet de Fluss Bad Berlin ne vise pas à ouvrir l’ensemble du fleuve à la baignade, mais seulement un tronçon de près de deux kilomètres dépourvu de trafic fluvial. L’initiative reçoit un écho favorable du côté de la mairie de Mitte, où le conseiller municipal Ephraim Gothe s’est dit « optimiste » quant à une réouverture partielle à l’horizon 2026. Il reste cependant des obstacles : la sécurité des nageurs, notamment vis-à-vis des bateaux, la nécessité d’aménager des accès au fleuve, et les contraintes liées à la protection du patrimoine historique.
Les partisans du projet s’appuient sur des exemples européens. À Paris, la Seine a été rendue accessible à la baignade à l’occasion des Jeux olympiques de 2024. À Vienne, Bâle ou Amsterdam, les baignades urbaines sont également autorisées dans certaines zones aménagées.
Dans un contexte de réchauffement climatique et de pics de chaleur de plus en plus fréquents, les défenseurs du projet estiment que Berlin doit offrir à ses 3,9 millions d’habitants des alternatives aux piscines en plein air, souvent bondées. « Les villes deviennent plus chaudes. C’est aussi une question de justice environnementale », souligne Jan Edler. « Il faut créer des espaces de fraîcheur accessibles à celles et ceux qui ne peuvent pas quitter la ville en été. »