Torcher le gaz pour ne pas le vendre : l’aberration climatique
Torcher le gaz pour ne pas le vendre : l’aberration climatique

À l’écart des regards, une pratique industrielle continue de faire flamber le climat. Le torchage, cet acte de brûler le gaz associé à l’extraction du pétrole, a explosé ces dernières années malgré les alertes. Selon les données récemment analysées pour la Banque mondiale, ce procédé a généré près de 400 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit davantage que toutes les émissions françaises en une année. Des panaches de feu bien visibles, mais dont l’impact reste largement sous-estimé. Au Texas, le spectacle est familier : des torches enflammées sur fond de derricks, alimentées par le gaz évacué des gisements. Ce gaz, au lieu d’être valorisé, est sacrifié pour éviter les surpressions. Résultat : des panaches de dioxyde de carbone libérés dans l’atmosphère, avec des conséquences climatiques qui s’étendent sur des siècles. Pour Sharon Wilson, militante de l’association Oilfield Witness, ces flammes sont bien plus qu’un symbole industriel : elles incarnent une irresponsabilité persistante.

Un système de gaspillage organisé

Ce qui aggrave encore le constat, c’est ce que l’œil nu ne voit pas. À côté de certaines torchères actives, d’autres semblent éteintes. Pourtant, sous l’objectif infrarouge d’une caméra spécialisée, une fuite invisible devient flagrante : du méthane s’échappe à pleine puissance. Ce gaz, 80 fois plus réchauffant que le CO2 sur le court terme, s’élève librement. Chaque jour, des milliers de tonnes s’évaporent ainsi dans l’atmosphère, faute de contrôle ou d’entretien. Le scandale est connu des militants mais aussi des experts. La société française Kayrros a documenté ces rejets à l’aide d’images satellites. En 2024, le torchage mondial a atteint un sommet inédit depuis deux décennies. Quentin Peyle, spécialiste de la pollution atmosphérique, estime que les volumes de CO2 émis dépassent ceux de pays entiers. La cartographie des zones les plus polluantes confirme que les majors du pétrole continuent de privilégier le confort du rejet au prix de la captation ou de la valorisation du gaz. Pourtant, il existe des technologies simples pour récupérer ce gaz naturel. Mais faute de volonté ou de rentabilité immédiate, la majorité des exploitants préfère le brûler, ou pire, le laisser fuir. Résultat : des quantités astronomiques de gaz à effet de serre sacrifiées dans l’indifférence. Le torchage, vestige d’une ère d’abondance, devient ainsi le symbole d’un aveuglement industriel qui persiste alors que l’urgence climatique ne cesse de s’aggraver.

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