Surtourisme : des milliers de manifestants aux Canaries exigent un changement radical du modèle touristique
Surtourisme : des milliers de manifestants aux Canaries exigent un changement radical du modèle touristique

Des milliers de personnes ont défilé dimanche dans les rues des principales îles des Canaries, en Espagne, pour dénoncer les effets néfastes du tourisme de masse sur leur quotidien. Rassemblés sous le slogan « Les Canaries ont une limite », les manifestants réclament des mesures immédiates pour limiter l’afflux touristique, qu’ils accusent d’aggraver la crise du logement, la congestion routière et la pression sur les services publics.

Des rassemblements ont eu lieu non seulement à Las Palmas de Gran Canaria et Santa Cruz de Tenerife, mais aussi dans plusieurs villes de la péninsule ibérique, à l’image de Barcelone, Málaga ou encore Madrid, toutes également confrontées à la question du surtourisme. Dans les cortèges, certains manifestants scandaient des slogans alertant sur les tensions croissantes autour de l’accès à l’eau potable.

« Le tourisme est essentiel pour l’économie des Canaries, mais aujourd’hui, nous devons admettre que nous avons atteint un point de rupture », a déclaré Juan Francisco Galindo, directeur d’hôtel à Tenerife. Il a aussi dénoncé l’expropriation forcée d’un terrain appartenant à son père pour la construction d’un complexe hôtelier de luxe, affirmant que cet épisode avait gravement affecté la santé de ce dernier.

Avec une population de 2,2 millions d’habitants, les îles Canaries accueillent plus d’un million de touristes étrangers chaque mois. En 2024, l’Espagne a battu des records de fréquentation touristique, et la tendance semble se poursuivre en 2025, alimentant les inquiétudes d’une population locale de plus en plus marginalisée dans son propre territoire.

Galindo rappelle que les infrastructures des îles ont été conçues dans les années 1970 pour une capacité bien inférieure à l’actuelle. Depuis, le nombre de lits touristiques aurait triplé, entraînant une explosion des prix de l’immobilier, des embouteillages chroniques et des difficultés croissantes d’accès aux soins pendant la haute saison.

À Gran Canaria, l’avocate Sirlene Alonso a fustigé les plans du gouvernement régional, qui prévoit de construire davantage de logements plutôt que de réguler le nombre de visiteurs. « Il ne s’agit pas d’améliorer la qualité du tourisme, mais d’en augmenter la quantité. Nous sommes écrasés par le nombre de touristes et de nouveaux arrivants », a-t-elle dénoncé.

Face à cette contestation grandissante, les autorités régionales ont entamé cette semaine des discussions avec Bruxelles pour obtenir des fonds européens afin de financer des logements abordables dans ces territoires dits « ultrapériphériques ». Une réponse jugée insuffisante par de nombreux habitants, qui demandent une réforme structurelle du modèle touristique des Canaries.

Partager