Pollution massive dans la baie de Paimpol : l'État accusé d'inaction
Pollution massive dans la baie de Paimpol : l'État accusé d'inaction

Les seuils d’alerte ont été pulvérisés, mais les réponses officielles se font toujours attendre. Dans un communiqué au ton particulièrement ferme, l’association « Eau et rivières de Bretagne » dénonce une pollution chronique et sévère des ruisseaux côtiers se déversant dans la baie de Paimpol, première zone ostréicole des Côtes-d’Armor. Des taux de nitrates, phosphates et pesticides bien au-delà des limites réglementaires s’y accumulent depuis plusieurs années, sans que les autorités ne semblent vouloir s’en saisir. Le cas du Kerascouet, petit cours d’eau traversant Ploubazlanec, est emblématique. Le 25 mai dernier, les prélèvements y affichaient un taux de nitrates de 208 mg/l, soit plus de quatre fois la limite réglementaire (fixée à 50 mg/l). Le Lannevez, à proximité, dépassait lui aussi les 150 mg/l. Pour les pesticides, le bilan est tout aussi alarmant : un seul prélèvement conforme sur près d’une centaine analysée entre 2020 et 2025. À Camlez et Trélévern, le Bois Riou a atteint un taux record de 6,84 microgrammes de pesticides par litre, alors que le seuil autorisé ne dépasse pas 5 microgrammes (2 par substance active).

Colère des associations, silence du préfet

En cause, selon l’association : les activités agricoles intensives, notamment les serres de tomates et les cultures légumières. Si la majorité des exploitants a cessé les rejets directs dans les fossés, certains « points noirs » persistent. Et malgré les demandes répétées de contrôles adressées depuis 2023 à la préfecture des Côtes-d’Armor, l’État brille par son absence. Ni réponse, ni plan d’action, ni engagement concret. Face à ce mutisme, l’exaspération monte. « Notre association n’acceptera jamais que ces pollutions inacceptables continuent de s’écouler vers la mer sans que l’État ne lève le petit doigt », martèle « Eau et rivières ». Jean-Pierre Giuntini, président de la Commission Locale de l’Eau, partage cette indignation. Il attend désormais des réponses de la MISEN (Mission Inter-Services de l’Eau et de la Nature), promises pour septembre. Mais pour les défenseurs de l’environnement, l’urgence est déjà là. Les conséquences de cette pollution se manifestent en cascade : déséquilibres phytoplanctoniques, prolifération d’algues vertes, dégradation des eaux littorales. Et en bout de chaîne, des répercussions directes sur l’économie locale, notamment ostréicole, pilier social et financier de la baie. Sans réaction rapide des services de l’État, l’association prévoit d’engager un recours contentieux. En attendant, les ruisseaux, eux, continuent de charrier leur poison vers la mer.

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