La source Perrier, emblème gazéifié de l’industrie française de l’eau, n’est pas encore tarie, mais son avenir reste suspendu à une décision administrative attendue de pied ferme. Réunis autour du préfet du Gard, Jérôme Bonet, hier mercredi 7 mai, les élus locaux ont accueilli avec soulagement l’annonce d’un délai supplémentaire accordé à Nestlé Waters, exploitant du site historique de Vergèze, près de Nîmes. La préfecture a décidé de repousser au 7 août sa décision concernant le renouvellement de l’autorisation d’exploitation des forages, tout en mettant en demeure l’industriel de retirer sous deux mois un système de microfiltration illégal, installé en 2023. Un sursis technique, mais aussi politique, tant la question dépasse le cadre local.
Une eau stratégique, une législation à adapter ?
L’usine de Perrier emploie environ 1 000 personnes directement, et plusieurs centaines d’autres en sous-traitance. Pour les élus, il s’agit de protéger à la fois l’emploi, l’environnement et la légitimité du cadre réglementaire. Le sénateur LR Laurent Burgoa, également président de la commission d’enquête du Sénat sur les eaux embouteillées, parle d’une décision « responsable et sage » et espère désormais pouvoir « faire évoluer la législation » pour mieux encadrer l’usage des techniques de traitement dans les eaux dites « naturelles ». Le bras de fer entre cadre légal et réalité industrielle est lancé. D’ici août, Nestlé devra choisir entre conformité réglementaire et risque de blocage d’exploitation. Et du côté du Gard, on retient son souffle pour que la bulle Perrier ne finisse pas par éclater.