Morilles introuvables : le symptôme discret d’une forêt en souffrance
Morilles introuvables : le symptôme discret d’une forêt en souffrance

Si vos paniers reviennent vides cette saison, inutile d’accuser la malchance ou les concurrents trop zélés : la morille se fait rare, et ce n’est pas un hasard. Le précieux champignon de printemps, longtemps abondant dans les forêts du Doubs ou de la Haute-Saône, disparaît peu à peu des sous-bois. Une absence discrète, mais qui en dit long sur l’état de nos écosystèmes. À Luxeuil, Pierre Dexet, président de la société mycologique locale, constate l’effondrement : « Il y a vingt ans, on remplissait les paniers. Aujourd’hui, une poignée suffit à faire notre fierté. » Cette chute brutale, amorcée dans le sud, gagne le nord. Et le phénomène s’accélère. Certains coins autrefois gorgés de morilles semblent désormais désertés.

Une disparition aux racines profondes

Le changement climatique n’est pas seul en cause, mais il agit en sourdine, déréglant tout sur son passage : les saisons n’ont plus de repères, les pluies manquent ou tombent mal, les sols se dégradent. Or, la morille ne pardonne rien. Elle exige des conditions millimétrées, au bon moment, dans les bons sols. Quand elles ne sont pas réunies, elle disparaît. Parfois pour des années. Parfois à jamais. Autre victime collatérale : le frêne. Cet arbre, compagnon fidèle de la morille, subit lui aussi un déclin inquiétant, fragilisé par les coupes forestières et les maladies. Leur disparition commune ne relève pas du hasard, mais d’une lente désintégration de l’équilibre forestier.

Le mycélium piétiné, l’alerte ignorée

Contrairement à une idée tenace, ce n’est pas la cueillette qui tue la morille, mais la manière de le faire. Piétiner sans précaution, labourer les sous-bois, déranger les sols… Le mycélium, fragile réseau souterrain qui permet au champignon de se régénérer, en paie le prix fort. Ajoutez à cela une sylviculture industrielle peu soucieuse des interactions entre arbres et champignons, et vous obtenez un cocktail défavorable à la survie de l’espèce. Les spécialistes le disent : il est encore temps. Les sociétés mycologiques appellent à des pratiques plus respectueuses. Mais la tendance est lourde. Et la morille, bio-indicateur discret mais puissant de la santé de nos forêts, commence à tirer une sonnette d’alarme que l’on peine à entendre. Le vrai trésor, aujourd’hui, ne se cache plus sous les feuilles mortes : il est dans la capacité à préserver les conditions qui permettent encore, au printemps, à un chapeau alvéolé d’émerger du sol.

Partager