Le week-end a été marqué par une forte mobilisation partout en France contre la proposition de loi Duplomb. Des milliers d’agriculteurs, militants écologistes, scientifiques et citoyens se sont rassemblés dans près de cinquante villes pour demander l’abandon de ce texte controversé, à la veille de son examen en commission mixte paritaire ce lundi 30 juin. À Paris, environ un millier de manifestants ont convergé vers l’esplanade des Invalides, à l’appel du collectif Nourrir, regroupant des ONG comme Greenpeace, WWF ou Générations Futures, appuyé par la Confédération paysanne, la CGT et le collectif Cancer Colère. D’autres rassemblements ont eu lieu à Strasbourg, Cherbourg, Creil, ou encore au Puy-en-Velay, bastion du sénateur LR Laurent Duplomb, à l’origine du texte.
Des mesures jugées dangereuses et rétrogrades
Le projet de loi vise officiellement à « lever les contraintes » qui pèsent sur les agriculteurs. Il prévoit notamment la réintroduction de l’acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, reconnu pour sa toxicité envers les pollinisateurs et les milieux naturels. D’autres dispositions portent sur l’assouplissement des règles encadrant le stockage de l’eau, l’agrandissement des élevages intensifs ou encore la révision du rôle de l’Anses, l’agence sanitaire chargée de l’évaluation des risques liés aux produits phytosanitaires.
Pour les opposants, ce texte représente un recul majeur
Le collectif Scientifiques en rébellion, présent à Paris, a dénoncé une « négation des faits scientifiques » et un « coup de force antidémocratique ». La proposition a en effet été relancée après un rejet tactique destiné à contourner les nombreux amendements déposés par les groupes écologiste et insoumis à l’Assemblée. « Non, les paysans ne sont pas derrière cette loi », a martelé Stéphane Galais, éleveur en Bretagne et porte-parole de la Confédération paysanne, appelant à « défendre l’intérêt général contre une agriculture industrielle sans avenir ». À Puy-en-Velay, 600 manifestants vêtus de jaune et noir ont défilé derrière des banderoles « Loi Duplomb, loi poison », fustigeant un texte qu’ils jugent « dangereux et rétrograde ». La commission mixte paritaire doit désormais tenter de trouver un compromis entre le Sénat et l’Assemblée nationale. Mais face à la pression croissante de la rue et des ONG, le gouvernement pourrait être contraint de revoir sa copie.