Ubisoft : jusqu’à trois ans de prison requis pour harcèlement systémique
Ubisoft : jusqu’à trois ans de prison requis pour harcèlement systémique

Chez Ubisoft, la créativité régnait. Mais aussi la peur. Devant le tribunal correctionnel de Bobigny, trois anciens cadres du géant du jeu vidéo répondent d’un harcèlement jugé structurel, systémique, et profondément enraciné dans la culture d’entreprise. Le parquet a requis ce jeudi jusqu’à trois ans de prison avec sursis et de lourdes amendes. Au cœur du procès : l’ambiance toxique qui régnait au service éditorial du groupe à Montreuil, où les assistantes, jeunes recrues ou simples salariées, ont défilé à la barre pour raconter les blagues sordides, les humiliations, et parfois pire. Thomas François, surnommé « Dark Tommy », est visé par les accusations les plus lourdes, dont une tentative d’agression sexuelle aggravée. Il aurait tenté d’embrasser de force une assistante, immobilisée par deux collègues. Le procureur réclame contre lui trois ans de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende.

Le « boys’ club » du jeu vidéo sur le banc des accusés

Ce n’était pas un dérapage, mais un système. Propos obscènes, gestes déplacés, jeux violents — comme ce « chat-bite » pratiqué en open space. François, reconnaissable à son kilt et ses cheveux rouges, multipliait les comportements sexistes sous les yeux d’une hiérarchie muette. Pour Serge Hascoët, ex-numéro deux d’Ubisoft, le ministère public demande 18 mois avec sursis et 45 000 euros d’amende. Non pas pour harcèlement direct, mais pour complicité : il aurait laissé faire. Hascoët, décrit comme le « génie » intouchable du jeu vidéo, ne retenait jamais les fautes. Un salarié brandissant un couteau ? Déplacé au bout d’un mois. Une collaboratrice réquisitionnée pour organiser ses obsèques ou lui livrer un iPad à Saint-Malo ? C’était « l’esprit Ubi », selon ses avocats. L’ambiance décrite par les plaignantes mêle culture geek et abus de pouvoir, dans une entreprise où l’humiliation était un langage courant.

Des carrières brisées, des silences durables

Selma, dont le prénom a été modifié, n’a jamais retravaillé depuis son départ de l’entreprise en 2016. Elle souffre toujours d’un syndrome post-traumatique sévère. Son histoire, comme celles des autres plaignantes, révèle la violence psychologique et physique d’un système qui a longtemps été nié, banalisé ou ignoré. La défense, de son côté, tente de faire barrage au « tribunal médiatique ». L’avocat de Hascoët a plaidé la relaxe totale, dénonçant la pression sociale et affirmant que son client était un créateur, pas un gestionnaire. La décision du tribunal est désormais attendue avec autant d’attention que les jeux produits par ce studio… mais cette fois, les dégâts sont bien réels.

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