Une étude de l’université de Berkeley vient bousculer nos certitudes sur l’origine de l’attrait humain pour l’alcool. En observant des chimpanzés sauvages, les chercheurs ont découvert que ces primates consomment régulièrement des fruits en fermentation dont la teneur en éthanol équivaut à deux verres de vin par jour. Ces animaux ne cherchent pas particulièrement l’ivresse, mais tirent de cette habitude alimentaire un apport énergétique non négligeable. Les sucres fermentés leur fournissent une source de calories plus dense, un atout dans un environnement où la nourriture se fait parfois rare. Les analyses menées sur les fruits ingérés montrent des niveaux d’alcool suffisamment élevés pour produire des effets physiologiques perceptibles, même si les chimpanzés semblent parfaitement tolérer ces doses.
Une piste pour comprendre nos propres comportements
Pour les chercheurs, cette pratique éclaire l’appétit ancien de l’être humain pour les boissons fermentées. Si nos cousins primates ont intégré l’éthanol dans leur régime alimentaire sans attendre l’invention de la brasserie, c’est peut-être que cette attirance remonte à un ancêtre commun. L’« hypothèse du singe ivre », déjà évoquée par certains anthropologues, trouve ainsi un appui empirique : l’alcool ne serait pas une invention culturelle fortuite, mais le prolongement d’une stratégie alimentaire vieille de plusieurs millions d’années. Cette découverte suggère que la relation de l’homme à l’alcool ne s’explique pas uniquement par la recherche de plaisir ou de convivialité. Elle pourrait aussi relever d’une adaptation biologique, façonnée par l’évolution, qui aurait rendu nos ancêtres sensibles aux effluves d’éthanol comme signal d’une source nutritive riche. Reste à savoir si cette prédisposition, autrefois avantageuse, n’est pas devenue aujourd’hui un piège dans des sociétés où l’alcool coule à flots bien au-delà des besoins énergétiques.