Face au retour du moustique tigre dans les jardins, la ville de Brive, en Corrèze, a décidé de ne pas se contenter de gestes barrières ou de messages de prévention. Elle passe à la contre-attaque avec une méthode inédite en métropole : relâcher volontairement… des moustiques. Mais pas n’importe lesquels. Ceux-là sont stériles, incapables de transmettre leur ADN, et donc de faire pulluler la prochaine génération de nuisibles.
Rayons X contre reproduction
L’idée peut sembler absurde au premier abord : lutter contre une invasion en en relâchant davantage. Et pourtant, c’est précisément le pari de Terratis, une jeune entreprise montpelliéraine. Sa présidente, Clélia Oliva, en est convaincue : la stérilisation des moustiques mâles par rayons X est une arme écologique et sans insecticides. « On casse la reproduction. Les femelles, qui ne s’accouplent qu’une fois dans leur vie, pondent des œufs… vides », explique-t-elle. La méthode a déjà fait ses preuves : à La Réunion, elle a permis de réduire de 60 % la population de moustiques tigres en un an, et de 90 % la suivante. Cette fois, c’est Brive qui s’y colle, devenant la première ville de France continentale à miser sur cette technique. Et elle met les moyens : 52 000 euros de budget pour couvrir une superficie test, avec des lâchers hebdomadaires d’environ 3 000 moustiques stériles dans le quartier le plus touché, celui du cimetière Thiers.
Un combat écologique et citoyen
Depuis trois ans, Brive avait déjà engagé une bataille plus classique contre le moustique tigre. Avec ses « brigades du tigre », la municipalité mène une campagne pédagogique de porte-à-porte, sensibilisant les habitants à la chasse aux eaux stagnantes — les fameuses coupelles, chéneaux ou bâches mal tendues. Mais cette fois, il s’agit de passer à la vitesse supérieure, tout en respectant l’environnement. Car la grande force du procédé, c’est qu’il exclut tout produit chimique. Aucun insecticide, aucun traitement nocif. Juste une stratégie fine : infiltrer des mâles stériles pour piéger les femelles. À 980 euros l’hectare, la solution n’est pas gratuite. Mais à l’heure où les virus transmis par le moustique tigre — dengue en tête — gagnent du terrain en métropole, l’investissement pourrait s’avérer salutaire. Reste à voir si les moustiques stériles de Brive tiendront leurs promesses… ou s’ils devront être rappelés en renfort l’année prochaine.