Le tribunal administratif de Clermont-Ferrand examine ce vendredi 6 juin une requête explosive : un pisciculteur accuse l’État d’avoir permis à Volvic de puiser trop d’eau, au détriment de son activité. En jeu : 32 millions d’euros de réparation pour préjudice économique majeur.
Une pisciculture à sec
Depuis 2017, Edouard de Féligonde, propriétaire d’une pisciculture à Malauzat (Puy-de-Dôme), voit ses bassins se vider une partie de l’année. Il attribue cette situation à l’intensité des prélèvements autorisés à Danone pour son usine d’embouteillage Volvic. Ces forages auraient, selon lui, tarit les sources qui alimentaient historiquement ses élevages. L’administration préfectorale est dans le viseur. Déjà en 2022, un rapporteur public avait pointé une « carence fautive du préfet » pour n’avoir pas usé de ses pouvoirs de régulation. Depuis, les autorisations de prélèvement ont été légèrement revues à la baisse – 10 % en 2022, puis encore 5 % en avril 2025 –, sans pour autant apaiser les tensions.
L’État se dédouane
À la veille du jugement, l’État plaide la force majeure. Le tarissement serait dû à la sécheresse, non à une gestion déficiente des prélèvements. Côté Volvic, la société indique avoir réduit ses prélèvements de 15 % entre 2017 et 2024, avec des engagements supplémentaires en période d’alerte. Mais ces ajustements, pour le plaignant, arrivent trop tard. Selon les informations de l’AFP, le rapporteur public s’orienterait cette fois vers un rejet de la requête. Si le tribunal suit cette recommandation, l’État pourrait s’en tirer sans sanction. Mais dans un contexte de tension accrue sur la gestion de l’eau, cette affaire pourrait faire jurisprudence — et relancer le débat sur l’exploitation industrielle des ressources naturelles.