Une usine de jouets américaine en Chine étranglée par les droits de douane de Trump : "Je me cannibalise pour survivre"
Une usine de jouets américaine en Chine étranglée par les droits de douane de Trump : "Je me cannibalise pour survivre"

L’usine Huntar Company Inc., fondée il y a plus de 40 ans par un immigré chinois aux États-Unis, traverse sa pire crise depuis sa création. En cause : les droits de douane de 145 % imposés par l’administration Trump sur les importations chinoises depuis le 9 avril. Cette surtaxe a provoqué une avalanche d’annulations de commandes, plongeant son PDG, Jason Cheung, dans une course désespérée pour sauver l’entreprise familiale.

Basée à Shaoguan, dans le sud de la Chine, l’usine de 55 500 m² fabrique des jouets éducatifs pour les géants américains Walmart et Target. Mais depuis l’entrée en vigueur des nouvelles taxes, la production a été réduite de 70 % et un tiers des 400 employés chinois ont été licenciés. Cheung a aussi réduit les salaires et les horaires restants, tout en s’efforçant de transférer une partie de ses opérations au Vietnam. Il estime que l’entreprise ne tiendra qu’un mois de plus.

Cette situation illustre les effets dévastateurs de la guerre commerciale pour des entreprises prises entre deux feux. Si Huntar semble être, sur le papier, le type d’entreprise que les droits de douane devraient protéger, elle est en réalité doublement pénalisée : son usine en Chine est visée par les mesures punitives, et ses 15 employés aux États-Unis risquent également de perdre leur emploi. « Nous nous sommes pratiquement arrêtés du jour au lendemain », confie Cheung.

Délocaliser sa production ailleurs, comme le souhaite Donald Trump, s’avère irréaliste pour de nombreux industriels : manque d’infrastructures, coûts de main-d’œuvre, délais de relocalisation, et machines impossibles à déplacer. Pour Huntar, cela représente un million de dollars de nouveaux investissements qu’elle n’a pas. Même une réduction des tarifs à 80 % – comme l’a récemment évoqué Trump – serait insuffisante pour rendre l’activité viable.

La crise frappe l’ensemble du secteur : selon une enquête de la Toy Association, près de la moitié des PME du jouet américaines estiment qu’elles feront faillite dans les mois à venir si la situation perdure. Rick Woldenberg, PDG de Learning Resources, l’un des clients historiques de Huntar, a d’ores et déjà annulé toute production future en Chine. Ses droits de douane annuels devraient bondir de 2 à 100 millions de dollars. « Ce n’est pas ce que nous voulons, mais nous n’avons pas le choix », dit-il.

Jason Cheung, lui, actualise fébrilement sa recherche « tarifs douaniers » sur Google, espérant un revirement. « J’approche de ce moment où je dois choisir de me cannibaliser », admet-il. Pour ce fils d’immigré qui a grandi à San Francisco avec le rêve américain en héritage, voir l’entreprise familiale vaciller est une douleur intime. Son père, qui avait fui la Chine communiste à la nage, « se sent aujourd’hui désespéré ».

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