Trump relance une mine d’uranium dans l’Utah, mais l’industrie attend une hausse des prix
Trump relance une mine d’uranium dans l’Utah, mais l’industrie attend une hausse des prix

Dans le désert du sud-est de l’Utah, connu pour ses arches rouges et ses canyons, l’industrie de l’uranium, en sommeil depuis des décennies, tente une résurrection sous l’impulsion du président Donald Trump. La mine Velvet-Wood, située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Moab, pourrait rouvrir pour la première fois depuis les années 1980, grâce à un feu vert accéléré des autorités fédérales.

Alors qu’un tel projet aurait normalement exigé des mois, voire des années de procédures réglementaires, l’Agence fédérale de gestion des terres (Bureau of Land Management) a approuvé les plans de réouverture en seulement 11 jours. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’un « état d’urgence énergétique nationale » décrété par Trump en avril, permettant d’écourter les examens environnementaux pour certains projets énergétiques, à l’exclusion des énergies renouvelables.

La décision reflète la volonté du gouvernement Trump de renforcer la sécurité énergétique nationale, dans un contexte où les États-Unis importent 98 % de leur uranium, utilisé pour produire 30 % de l’électricité nucléaire mondiale. Mais malgré l’allègement des règles, une relance durable de l’extraction d’uranium dépendra d’une remontée significative des prix, soulignent les experts.

Aujourd’hui, les prix mondiaux de l’uranium sont deux fois plus élevés qu’en 2017, notamment depuis l’interdiction d’importer du minerai russe, en réponse à l’invasion de l’Ukraine. Pourtant, les prix ont baissé d’un tiers depuis leur pic début 2024. « Sans une forte hausse des prix, ces sites ne seront pas rentables », estime John Uhrie, ancien cadre de l’industrie de l’uranium. « Il faut des investissements massifs sur le terrain. »

Anfield Energy, société canadienne propriétaire du projet Velvet-Wood, prévoit également de rouvrir l’usine de traitement de Shootaring Canyon, fermée depuis le début des années 1980. Elle serait la seconde installation de ce type à fonctionner aux États-Unis, après l’usine White Mesa, également en Utah.

Mais à Moab, haut lieu du tourisme de plein air, le passé minier continue de susciter la méfiance. La ville est encore marquée par le projet de nettoyage du site de déchets radioactifs de Moab, un chantier fédéral d’un milliard de dollars, en cours depuis des décennies. « Le processus d’approbation a été expédié sans aucune consultation publique », déplore Sarah Fields, directrice du groupe Uranium Watch.

Pour certains opposants, le prétexte de l’urgence énergétique ne tient pas. « Il n’y a aucune crise d’approvisionnement pour le nucléaire américain », affirme Amber Reimondo, du Grand Canyon Trust. En parallèle, de nouveaux projets nucléaires comme le réacteur avancé de TerraPower, soutenu par Bill Gates dans le Wyoming, montrent que l’avenir du nucléaire se joue aussi dans l’innovation technologique.

En 2024, près de 700 000 livres de « yellowcake » ont été produites aux États-Unis, principalement dans des mines du Wyoming utilisant une technique d’extraction souterraine par solution. Cela reste toutefois bien en deçà des 32 millions de livres importées la même année. Reconstituer une chaîne complète du combustible nucléaire aux États-Unis demeure un défi colossal, conclut Uhrie.

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