Alors que les États-Unis frappent fort contre les importations chinoises, la France s’apprête à suivre le mouvement, dans le sillage de la guerre commerciale relancée par Donald Trump. Au cœur de la controverse : les petits colis à bas coût envoyés massivement depuis la Chine, en particulier ceux des géants de l’ultra-fast fashion comme Temu et Shein. Le ministre français de l’Économie, Éric Lombard, a annoncé ce dimanche 20 avril de prochaines mesures pour réguler ces flux croissants. En 2023, près de 400 millions d’objets sont arrivés depuis la Chine. En 2024, ce nombre aurait presque doublé, atteignant 800 millions d’envois. Profitant d’une exonération douanière européenne sur les colis de moins de 150 euros, ces articles échappent pour l’instant aux droits de douane. Mais la Commission européenne, tout comme Paris, souhaite désormais y mettre un terme.
Un flot de colis en forte progression
Bruxelles alerte sur l’explosion des colis de « faible valeur » : 4,6 milliards en 2024, dont 91 % venus de Chine, soit trois fois plus qu’en 2022. Ces envois, selon le ministre, constituent une menace directe pour les commerçants et industriels européens. Outre la concurrence tarifaire, certains produits ne respecteraient pas les normes de l’Union européenne, et les conditions de production poseraient des questions éthiques. L’empreinte environnementale est elle aussi pointée du doigt : 600 avions cargo quitteraient chaque nuit la Chine pour inonder le marché européen. Un dispositif d’alerte destiné aux consommateurs sera dévoilé le 29 avril, accompagné de mesures concrètes.
Une concurrence jugée déloyale
Il s’agira d’« alerter sans culpabiliser », notamment parce que ces produits séduisent une clientèle modeste. Dans un contexte de tension commerciale mondiale, la France entend aussi éviter un report massif des exportations chinoises vers l’Europe, alors que Washington multiplie les hausses de droits de douane. Éric Lombard a appelé à « rééquilibrer » les relations avec Pékin, tout en estimant que la Chine, forte de ses technologies avancées, pourrait rester un partenaire d’investissement dans l’Union européenne. Il a également exhorté les chefs d’entreprise français à faire preuve de patriotisme économique, au moment où plusieurs d’entre eux s’opposent à la stratégie de pause dans les investissements américains demandée par Emmanuel Macron.