Saisie imminente : l’État russe vise les actifs du magnat de l’or Konstantin Strukov
Saisie imminente : l’État russe vise les actifs du magnat de l’or Konstantin Strukov

L’État russe s’apprête à frapper un nouveau grand coup dans sa politique de reprise en main des actifs stratégiques. Ce mardi 8 juillet, le tribunal du district de Sovetsky, dans la ville de Tcheliabinsk, doit examiner une demande des procureurs visant à saisir la participation majoritaire de Konstantin Strukov dans Uzhuralzoloto, l’un des principaux producteurs d’or du pays. Ce dossier s’inscrit dans une vague plus large de nationalisations ciblées opérées ces derniers mois, marquant un tournant dans la gestion des grandes fortunes industrielles en Russie.

Konstantin Strukov, né en 1958 dans la région d’Orenbourg, est une figure bien connue du paysage économique russe. Ingénieur de formation, il a fait ses armes dans le secteur minier dès la fin de ses études à l’Université technique d’État de Magnitogorsk. Sa fortune, estimée à plusieurs milliards de dollars, repose en grande partie sur la reprise d’Uzhuralzoloto dans les années 1990, alors que l’entreprise, naguère pilier de l’industrie soviétique, était en ruine.

Fondée en 1976 sous l’Union soviétique, Uzhuralzoloto avait vu sa production s’effondrer après la chute du régime. En 1997, Strukov prend les rênes d’une société moribonde, parvient à relancer l’activité, puis rachète ses actifs lors d’une procédure de faillite. Moyennant 12,8 millions de roubles – l’équivalent de 162 600 dollars à l’époque – il met la main sur des sites d’extraction clés, notamment le gisement de Svetlinsky, le plus vaste de la région de l’Oural.

Grâce à une stratégie d’expansion agressive, Strukov développe ensuite l’entreprise dans les régions riches en ressources de Khakassie et de Krasnoïarsk. Uzhuralzoloto devient alors un acteur incontournable du secteur aurifère russe, avec une production en nette hausse et des profits colossaux. Cette ascension fulgurante ne passe pas inaperçue, notamment auprès du pouvoir, de plus en plus prompt à remettre en cause les privatisations réalisées dans les années 1990.

La procédure judiciaire engagée contre Strukov s’inscrit dans une série d’actions similaires menées par l’État russe, qui a récemment récupéré le contrôle d’autres entreprises clés dans l’énergie, les métaux ou les infrastructures. Le Kremlin justifie ces saisies au nom de l’intérêt national, mais les critiques y voient une reprise en main autoritaire des leviers économiques, parfois motivée par des calculs politiques ou des rivalités entre oligarques.

Si le tribunal donne raison aux procureurs, Strukov pourrait perdre le contrôle de l’empire qu’il a bâti en un quart de siècle. Ce signal fort confirme que, dans la Russie d’aujourd’hui, même les fortunes les mieux établies ne sont plus à l’abri de la pression étatique.

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