Renault condamné pour abus d’intérim à Sandouville : des révélations accablantes
Renault condamné pour abus d’intérim à Sandouville : des révélations accablantes

Le tribunal du Havre a condamné hier mardi 13 mai 2025 la société Renault à une amende de 18.750 euros pour avoir eu recours de manière abusive aux contrats d’intérim entre 2014 et 2018 à l’usine de Sandouville, près du Havre. Une sanction assortie de l’obligation d’afficher la décision pendant deux mois sur le site de production, et de la publier à ses frais dans Paris-Normandie.

Une usine qui tournait grâce aux intérimaires

L’enquête, initialement révélée par le média Le Poulpe, a mis au jour des pratiques systémiques : en moyenne, plus de 1 200 intérimaires étaient employés chaque mois sur le site, majoritairement à des postes liés à l’activité de production, donc supposément durables. À certains moments, le nombre de travailleurs intérimaires dépassait largement celui des salariés en CDI, atteignant jusqu’à 80 % des effectifs. La direction du site a tenté de justifier cette situation par un accroissement d’activité, mais des documents internes, versés au dossier par la CGT, ont montré que l’entreprise disposait de carnets de commandes bien remplis, avec des plannings de production parfois fixés jusqu’à trois mois à l’avance. Selon le rapport d’enquête, cette visibilité aurait dû conduire à des embauches en CDI, et non à un recours massif à des contrats précaires. La CGT a dénoncé une politique délibérée visant à maintenir une main-d’œuvre flexible, facilement malléable, au détriment de la sécurité et de la stabilité professionnelle.

Une population exposée et vulnérable

Les inspecteurs du travail ont souligné que les intérimaires représentaient « de très loin les premières victimes d’accidents du travail » à l’usine. Une exposition aux risques plus élevée, pour une population souvent moins formée, moins protégée, et peu encline à faire valoir ses droits de peur de ne pas être reconduite. Aujourd’hui, l’usine de Sandouville emploie encore 600 intérimaires pour 1 850 salariés en CDI. Elle produit notamment le Renault Trafic et représente un maillon stratégique dans l’offre utilitaire du groupe. Cette décision judiciaire, bien que symbolique au regard de la taille du constructeur, met en lumière une gestion des ressources humaines contestée, et relance le débat sur l’encadrement du travail temporaire dans l’industrie.

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