OMAHA, Nebraska — Warren Buffett a annoncé samedi qu’il quitterait son poste de PDG de Berkshire Hathaway à la fin de l’année, une décision surprise pour celui qui affirmait jusqu’ici ne pas vouloir prendre sa retraite. À 94 ans, l’« oracle d’Omaha » met fin à une ère de six décennies d’investissements qui ont bâti un empire évalué à des centaines de milliards de dollars.
Depuis qu’il a pris le contrôle de Berkshire Hathaway en 1965, alors simple fabricant de textile en difficulté, Buffett a transformé l’entreprise en un conglomérat tentaculaire. En achetant des sociétés et actions sous-évaluées, il est devenu une légende vivante de la finance. Retour sur quelques-uns de ses coups de génie… et de ses faux pas.
Les meilleurs paris de Buffett
Parmi ses investissements les plus emblématiques figure l’acquisition de National Indemnity en 1967. Ce fut la première incursion de Buffett dans l’assurance, secteur stratégique qui lui a permis de générer ce qu’il appelle le « float » — les primes encaissées qu’il peut investir jusqu’au paiement des sinistres. Cette manne financière, qui atteint aujourd’hui 173 milliards de dollars, a alimenté la croissance de Berkshire.
Il a aussi réalisé d’immenses plus-values avec des participations dans American Express, Coca-Cola et Bank of America, acquises à bas prix en période de crise. Il a touché des dizaines de milliards de dollars de dividendes et ses plus-values dépassent les 100 milliards de dollars.
Autre coup magistral : Apple. Longtemps réticent à investir dans la technologie, Buffett change d’avis en 2016, achetant pour plus de 31 milliards de dollars d’actions d’Apple qu’il considère comme un fabricant de produits grand public. Sa participation a atteint 174 milliards de dollars avant qu’il ne commence à la réduire.
À l’étranger, Buffett a parié sur le fabricant chinois de véhicules électriques BYD en 2008, sur recommandation de son bras droit Charlie Munger. Mise de départ : 232 millions de dollars. Elle a grimpé à plus de 9 milliards avant les premières reventes. Aujourd’hui encore, Berkshire détient pour 1,8 milliard de dollars d’actions BYD.
L’achat de See’s Candy en 1972 marque un tournant : Buffett commence à privilégier les entreprises « formidables à bon prix », plutôt que les aubaines sans potentiel. Payée 25 millions de dollars, See’s a rapporté 1,65 milliard de bénéfices avant impôts jusqu’en 2011.
Enfin, Berkshire Hathaway Energy, acquise en 2000, est aujourd’hui une division phare qui a généré 3,7 milliards de dollars de bénéfices en 2024, malgré des incertitudes liées aux incendies de forêt.
Les pires erreurs de Buffett
Ironie du sort, Berkshire Hathaway elle-même est selon Buffett sa pire décision : le textile, en perte chronique, fut un fardeau jusqu’à sa fermeture en 1985. Mais les actions achetées à 7 ou 8 dollars valent aujourd’hui plus de 800 000 dollars pièce — une mauvaise décision devenue fabuleuse.
En revanche, l’achat de Dexter Shoe en 1993 pour 433 millions de dollars (payés en actions Berkshire) fut un désastre. L’entreprise s’est révélée sans valeur, et Buffett estime avoir gaspillé 1,6 % de Berkshire.
Parmi ses plus grands regrets : les opportunités manquées. Amazon, Google, Microsoft — autant d’occasions ratées qui auraient pu rapporter des milliards. Buffett admet avoir été « paralysé » quand il a laissé passer l’achat de 100 millions d’actions Walmart.
Autre erreur coûteuse : avoir vendu trop tôt ses actions bancaires. Il s’est délesté de 500 millions d’actions Wells Fargo et a vendu JP Morgan à moins de 100 dollars. Les deux titres ont depuis doublé.
Enfin, Blue Chip Stamps, entreprise de bons de fidélité achetée en 1970, s’est effondrée avec l’évolution du commerce. Mais son « float » a permis à Buffett d’acquérir See’s, Wesco et Precision Castparts, prouvant qu’un échec apparent peut encore être utile.
En 60 ans, Warren Buffett a démontré un sens aigu de l’investissement… tout en reconnaissant ses erreurs. Une leçon d’humilité et de rigueur qui a fait école dans le monde entier.