Le secteur du cacao ghanéen traverse une nouvelle zone de turbulences alors que les fortes précipitations prolongées et le manque d’ensoleillement menacent de faire chuter la production de la saison en cours. L’autorité de régulation du cacao du Ghana (COCOBOD) a mis en garde mardi contre une « baisse modérée » de la récolte, conséquence directe d’une recrudescence de maladies fongiques affectant les cacaoyers dans plusieurs régions productrices.
Deuxième producteur mondial de cacao après la Côte d’Ivoire, le Ghana avait déjà vu sa production décliner ces dernières années, fragilisée par les changements climatiques, la prolifération de maladies agricoles et l’expansion illégale des activités minières, qui dévastent les plantations. La saison 2024/2025, initialement prometteuse, est désormais compromise par les effets dévastateurs d’un climat anormalement humide.
Selon l’association ghanéenne des agriculteurs, les conditions météorologiques actuelles — températures plus fraîches, pluies excessives et ensoleillement insuffisant — ont créé un terrain propice à la propagation de maladies telles que la pourriture brune, une infection fongique redoutée dans les vergers de cacao. « Nous avons visité 72 districts de culture du cacao et constaté une présence inquiétante de champignons sur les arbres », a déclaré Nana Oboadie Bonsu, président de l’association, à l’agence Reuters.
Cette situation fait craindre une nouvelle baisse des revenus pour les agriculteurs, dont la majorité vit déjà dans des conditions précaires. Le cacao constitue en effet une source essentielle de devises pour le pays et un pilier de l’économie rurale. Les pertes de rendement dues aux maladies pourraient également avoir des répercussions durables sur la vitalité des plantations.
Face à l’alerte lancée par les producteurs, le COCOBOD a annoncé avoir renforcé ses campagnes de pulvérisation de masse et accéléré la distribution de fongicides, dans le but de limiter les dégâts avant la période de pointe des récoltes. « Il est encore trop tôt pour établir des chiffres définitifs, mais nos premières évaluations indiquent une baisse modérée par rapport aux projections initiales », a précisé le régulateur.
En mai dernier, les données officielles montraient déjà que le Ghana risquait de ne pas atteindre son objectif de 650 000 tonnes pour la saison 2024/2025. Le climat persistant de vulnérabilité dans lequel évolue le secteur ghanéen du cacao souligne l’urgence d’une adaptation aux nouvelles réalités environnementales, tout comme la nécessité d’un soutien accru aux petits producteurs.
Si des mesures d’urgence sont en cours, le pays reste exposé à des risques systémiques. Entre aléas climatiques, pression foncière et menaces sanitaires, le cacao ghanéen est confronté à une équation de plus en plus complexe, avec des conséquences qui dépassent largement les frontières nationales, tant l’industrie mondiale dépend de cette filière stratégique.