Le géant chinois CMOC presse le Congo de lever l’interdiction sur les exportations de cobalt
Le géant chinois CMOC presse le Congo de lever l’interdiction sur les exportations de cobalt

JOHANNESBOURG/LONDRES – Le groupe minier chinois CMOC, premier producteur mondial de cobalt, a appelé la République démocratique du Congo à lever son interdiction sur les exportations de ce métal stratégique, ont révélé trois sources proches du dossier à Reuters. Cette requête intervient alors que l’embargo de quatre mois imposé par Kinshasa arrive à échéance le 22 juin prochain.

Le Congo, premier fournisseur mondial de cobalt, avait imposé cette interdiction en février afin de limiter les excédents d’offre sur un marché saturé et en chute libre. Les prix du cobalt, utilisé principalement dans les batteries pour véhicules électriques, sont tombés à leur plus bas niveau en neuf ans, aux alentours de 22 000 dollars la tonne.

Lors d’une réunion à huis clos de l’industrie à Singapour la semaine dernière, Kenny Ives, vice-président du CMOC, a exhorté les autorités congolaises à lever les restrictions, affirmant que les stocks chinois étaient en train de s’épuiser. Il a averti que maintenir l’interdiction pourrait accélérer l’abandon du cobalt par les constructeurs automobiles, au profit de batteries au lithium-fer-phosphate (LFP), une technologie moins coûteuse et sans cobalt déjà adoptée par des géants chinois comme BYD.

Selon deux sources, les responsables congolais présents ont interprété ces déclarations comme une pression à peine voilée. Certains craignent que la Chine cherche à maintenir des prix bas pour constituer des réserves stratégiques. Le ministre congolais des Mines, Kizito Pakabomba, n’a pas répondu aux sollicitations de Reuters, et CMOC a refusé de commenter les propos d’Ives, tout en affirmant soutenir un « environnement de marché sain ».

En parallèle, Glencore, un autre acteur majeur du cobalt, a soutenu à Singapour que le marché avait besoin de stabilité avant toute reprise des exportations. Le géant suisse se dit favorable à un système de quotas si Kinshasa décidait d’en instaurer un, selon les sources.

La pression s’intensifie à mesure que le gouvernement congolais évalue les impacts économiques de l’interdiction. Selon plusieurs analystes, le scénario le plus probable reste une prolongation de la suspension suivie de quotas d’exportation – un mécanisme qui permettrait au Congo de soutenir les prix tout en récupérant des recettes fiscales vitales.

Le bras de fer entre les grandes puissances minières et Kinshasa met en lumière les tensions croissantes sur les chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais critiques, dans un contexte où la transition énergétique accélère la course aux métaux stratégiques.

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