Depuis l’été, les témoignages affluent : des voitures récentes équipées du freinage d’urgence automatique (AEB) s’immobilisent brutalement sur autoroute, sans obstacle apparent. Des centaines de conducteurs affirment avoir connu ces « freinages fantômes », certains accidents ayant même été mortels. Le phénomène, d’abord marginal, prend désormais l’allure d’un problème structurel.
Un bug au cœur de l’électronique embarquée
Obligatoire depuis 2022 sur toutes les voitures neuves, l’AEB repose sur des radars, caméras et calculateurs censés identifier un danger imminent. Mais un reflet, une ombre ou un panneau mal interprété suffiraient parfois à déclencher un freinage à pleine puissance. Pour Christophe Theuil, expert automobile, ces capteurs « détectent des choses qui n’existent pas ». Sur l’A40 en avril, une conductrice a vu sa voiture freiner jusqu’à l’arrêt complet, provoquant une collision. Sur l’A7, un accident similaire a coûté la vie à une passagère. Les appels à témoignages recensent désormais plus de 400 cas.
Constructeurs et autorités mis en cause
Si aucun groupe n’a été officiellement mis en cause, plusieurs modèles Peugeot et Citroën apparaissent régulièrement dans les signalements. Stellantis se dit prêt à coopérer avec le ministère, tandis que le SSMVM mène une enquête nationale et prépare des tests dynamiques. L’intermittence du problème complique cependant l’identification d’une cause unique, entre bug logiciel, calibrage défaillant ou interférences des capteurs. Mais si une origine commune était prouvée, un rappel de plusieurs centaines de milliers de véhicules en France deviendrait inévitable, pour un coût se chiffrant en centaines de millions.
Un coup dur pour la voiture « intelligente »
L’affaire touche à la crédibilité même des aides à la conduite, censées renforcer la sécurité mais désormais sources de méfiance. Les assureurs constatent déjà une hausse des déclarations liées à ces freinages intempestifs, et envisagent d’ajuster leurs tarifs pour certains modèles. Pour les constructeurs, l’impact dépasserait la question financière : c’est toute la stratégie d’automatisation de la conduite qui vacillerait si le pilier du freinage d’urgence se révélait défaillant. Derrière la panne technologique se dessine une crise de confiance, potentiellement bien plus coûteuse que n’importe quel rappel.