La pression monte dans l’industrie automobile, mais le gouvernement reste inflexible. Réunis mardi à Paris La Villette pour la Journée de la filière automobile, les dirigeants de Renault, Stellantis et Mercedes-Benz ont une nouvelle fois réclamé un assouplissement du calendrier européen prévoyant la fin des ventes de véhicules thermiques en 2035. En vain. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, n’a annoncé aucune inflexion, se contentant d’évoquer une « préférence européenne » encore floue.
Les industriels dénoncent une impasse réglementaire
François Provost, directeur général de Renault, a tiré la sonnette d’alarme : « Nous ne sommes pas capables d’atteindre les seuils prévus pour les véhicules utilitaires d’ici 2030. Si rien ne change, je serai contraint de réguler la production en France. » Même son de cloche chez Stellantis, dont le patron Antonio Filosa fustige « une réglementation erronée » ayant sacrifié la technologie thermique, domaine d’excellence européen, au profit d’une électrification dominée par la Chine. Le président de Mercedes-Benz, Ola Källenius, également à la tête de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), a souligné le déséquilibre mondial : « Nos concurrents courent un 100 mètres quand nous affrontons un 110 mètres haies. » Tous réclament un report de l’échéance ou une prolongation de la commercialisation des hybrides rechargeables, mais leurs appels semblent rester lettre morte.
Un gouvernement silencieux sur le calendrier européen
Face à ces demandes pressantes, Roland Lescure n’a donné aucun signe d’assouplissement. Il a refusé d’évoquer toute remise en cause de la date butoir de 2035, expliquant que les discussions devaient se tenir « à l’échelle européenne » sans préciser la position française. Le ministre a seulement insisté sur la nécessité de « renforcer le contenu local » dans la production des véhicules, afin de favoriser les chaînes de valeur européennes. Cette orientation reste insuffisante pour une filière déjà fragilisée par la concurrence asiatique et américaine. Les constructeurs rappellent que les réglementations environnementales absorbent jusqu’à un quart du temps de travail de leurs ingénieurs, ralentissant les innovations. De son côté, le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, a reconnu l’urgence économique : sans ajustement, le marché européen pourrait passer de 13 à 9 millions de véhicules produits d’ici 2035. Il a toutefois prévenu qu’un assouplissement ne devra pas compromettre la trajectoire de décarbonation. Des annonces européennes sont attendues le 10 décembre. Entre transition écologique et survie industrielle, le dialogue reste tendu. Tandis que Bruxelles temporise, Paris joue la prudence, laissant les constructeurs face à un virage technologique qui pourrait, selon eux, tourner au crash industriel.