Pour la filière laitière française, l’exportation reste à la fois une bénédiction et une source d’angoisse. Près de 40 % du lait collecté dans l’Hexagone finit transformé en produits expédiés à l’étranger, un équilibre vital pour l’économie du secteur. Mais les turbulences commerciales de l’été ont ravivé les inquiétudes.
Des marchés stratégiques fragilisés
Aux États-Unis, l’accord conclu fin juillet entre Ursula von der Leyen et Donald Trump a alourdi les droits de douane sur les produits laitiers européens, désormais fixés à un minimum de 15 %. Le pays ne représente que 4 % des exportations françaises du secteur, mais l’impact symbolique est lourd : les industriels scrutent la réaction des consommateurs et la compétitivité des fromages tricolores dans un marché déjà disputé. La Chine, qui absorbe 7 % des exportations françaises, maintient la pression. Pékin a prolongé jusqu’en février 2026 son enquête anti-subventions visant les produits laitiers européens. Cette incertitude pèse sur un débouché crucial, à l’heure où la demande asiatique continue de croître. L’Algérie, autre partenaire clé, reste, elle aussi, soumise aux aléas diplomatiques et commerciaux.
Un horizon malgré tout porteur
Malgré ces secousses, les ambitions à l’export demeurent intactes. Les projections tablent sur une forte progression de la consommation mondiale de produits laitiers, notamment en Afrique et en Asie, régions où la demande pour le lait en poudre, le beurre et les fromages ne cesse de s’accroître. Comme le souligne Jean-Marc Chaumet, directeur économie du Centre national de l’interprofession laitière (Cniel), « les relations internationales pèsent sur le commerce », mais elles ne suffisent pas à entamer la volonté de la filière de consolider ses parts de marché. Le défi pour la France sera de jongler entre la volatilité géopolitique et la promesse d’une demande planétaire en pleine expansion.