Everwatt en faillite : la plus grande toiture solaire de Bordeaux cherche un sauveur @rawpixel
Everwatt en faillite : la plus grande toiture solaire de Bordeaux cherche un sauveur @rawpixel

Le développeur solaire Everwatt, plombé par le retrait de ses investisseurs, est passé en liquidation judiciaire le 24 juillet 2025, laissant un projet pharaonique en suspens : transformer la base sous-marine de Bordeaux en la plus vaste toiture solaire urbaine de France. Avec 13 000 m² de panneaux pour 3 MW de puissance, cette installation, chiffrée à 6 millions d’euros, est prête à l’emploi, permis obtenus, appels d’offres lancés , mais attend un repreneur sous l’égide de l’administrateur judiciaire. L’ex-dirigeant pointe un contexte politique erratique qui a refroidi les financeurs, tandis que la mairie écologiste, impatiente avant les élections, risque un retard embarrassant. Un gâchis qui illustre la fragilité du solaire français face à l’instabilité budgétaire.

Un effondrement financier en cascade

Transition Evergreen et Conquest, les fonds actionnaires d’Everwatt, ont lâché prise successivement. Le premier, coté en Bourse, a freiné dès janvier 2025, menant à une cessation de paiements fin mars. Conquest, qui promettait 34 millions d’euros, n’a injecté que 8,5 millions avant de se retirer fin août, invoquant un climat politique défavorable au photovoltaïque. « Nous avions misé sur l’autoconsommation collective pour nous prémunir des aides volatiles, mais l’incertitude nationale a effrayé les banques », déplore Jérôme Owczarczak, ex-DG du groupe. Ce fiasco s’inscrit dans une série noire pour Transition Evergreen : après les bus Safra et la start-up hydrogène Arhyze, Everwatt tombe, minant la confiance des investisseurs dans les renouvelables français. Fondé en 2023, Everwatt visait les toitures urbaines pour alimenter écoles, gymnases et entreprises, un créneau en vogue face à la fin des tarifs réglementés. Mais sans cash, le groupe, qui n’avait que peu de projets en portefeuille, n’a pas tenu. Le tribunal de commerce de Paris a nommé Selafa Mja mandataire judiciaire, qui sonde les repreneurs. La Région Nouvelle-Aquitaine injecte 25 % des coûts via des aides, et dix entreprises sont déjà prêtes à acheter l’électricité à 120 €/MWh, 15 % sous le marché. « C’est un projet clés en main : structures commandées, surcoûts intégrés pour le patrimoine classé », insiste Claire Vendé, directrice de Bordeaux Métropole Aménagement (BMA).

Le joyau bordelais : un chantier technique en péril

La base sous-marine, vestige nazi de béton armé sur un bassin de 20 000 m², offrait un terrain idéal mais ardu : pare-bombes surélevés, intégration visuelle minimale pour préserver le site historique. Everwatt et sa filiale Boucl’Énergie l’ont emporté sur appel d’offres en 2024, devançant des concurrents comme Bordeaux Métropole Énergies. Mais le choix, critiqué par Fabien Robert (centriste), pour une société « sans expérience comparable », s’avère risqué. « Un pari osé pour un monument emblématique », raille-t-il, alors que la mairie écologiste y voyait un symbole vert avant les municipales. Purgé de recours, le projet, 6 600 panneaux sur pieux en béton, attend l’échafaudage et l’installation. BMA, partenaire public, redirige les intéressés vers le liquidateur, la mairie gardant un droit d’agrément. « Plusieurs entreprises ont manifesté leur intérêt », assure Vendé, optimiste. Owczarczak renchérit : « On laisse cinq autres projets en zone urbaine, ombrières et toitures, prêts à l’emploi. » Mais le timing presse : la municipalité veut une concrétisation rapide pour clamer son engagement solaire.

Un secteur solaire français en pleine grisaille

Ce krach illustre les tourments du photovoltaïque tricolore : fin des aides, instabilité réglementaire, et gel des financements bancaires. « Plus à la mode, les renouvelables subissent l’attentisme des investisseurs », confie Owczarczak. La France, cinquième producteur européen, voit ses projets urbains freinés par des politiques « illisibles », comme la suppression du tarif d’achat garanti. Everwatt, lauréat ailleurs, paie le prix d’un marché où les lauréats d’appels d’offres peinent à boucler leur financement. Ce piquant échec, avec un projet bordelais qui pourrait injecter 3 MW en autoconsommation, risque de décourager les repreneurs.

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