Eutelsat, l’anti-Starlink sur lequel Paris mise gros
Eutelsat, l’anti-Starlink sur lequel Paris mise gros

Le rachat de OneWeb, les tensions géopolitiques et la dépendance croissante aux satellites ont propulsé Eutelsat au cœur des priorités stratégiques françaises. Longtemps restée dans l’ombre du mastodonte américain Starlink, l’entreprise tricolore spécialisée dans les télécommunications spatiales s’impose désormais comme le meilleur espoir européen pour reprendre pied dans une bataille technologique déjà bien avancée. Face à la domination américaine et à la montée en puissance chinoise, l’État français a décidé de ne plus rester spectateur. Un signal fort a été envoyé en juin dernier : 717 millions d’euros injectés pour renforcer la présence publique dans le capital d’Eutelsat. Une décision politique lourde de sens, alors que la constellation britannique OneWeb, récemment absorbée par le groupe français, peine encore à digérer la fusion financièrement. L’investissement public, renforcé par des fonds privés jusqu’à atteindre 1,35 milliard d’euros, vise autant à redresser la structure qu’à l’ériger en rempart technologique et militaire face aux géants étrangers.

Une autonomie stratégique à reconstruire

La guerre en Ukraine a mis en lumière, de façon brutale, l’importance des réseaux de satellites en orbite basse. Drones, missiles, guidage tactique : sans Starlink, l’armée ukrainienne aurait été largement privée de ses moyens de communication. Cet épisode a également rappelé à l’Europe la fragilité de sa souveraineté numérique, d’autant que le patron de SpaceX, Elon Musk, n’a pas hésité à brandir la menace d’un arrêt soudain des transmissions. Une prise de conscience salutaire mais tardive, que la France tente désormais de rattraper à marche forcée. Depuis Issy-les-Moulineaux, Eutelsat pilote une flotte bien plus modeste que celle de son rival américain : 700 satellites contre environ 7 000 pour Starlink. L’écart est vertigineux, mais le soutien de l’Union européenne, qui envisage de faire d’Eutelsat un champion continental, pourrait accélérer les choses. Car les enjeux dépassent le simple cadre économique : ils touchent à la souveraineté, à la défense, à la maîtrise de l’information. En parallèle de Starlink et de la constellation chinoise Guowang, Amazon vient de lancer son propre programme spatial, Kuiper, avec des ambitions colossales. Dans cette course effrénée à l’occupation de l’espace, le temps joue contre l’Europe. L’enjeu n’est plus seulement de rattraper le retard, mais d’éviter une mise sous tutelle technologique. Pour cela, Paris mise sur sa pépite. Et la regarde désormais comme un trésor stratégique.

Partager