Bordeaux - Château Lafleur ne sera plus du « Pomerol » pour s’adapter au climat @wikipedia commons
Bordeaux - Château Lafleur ne sera plus du « Pomerol » pour s’adapter au climat @wikipedia commons

C’est un séisme dans le monde du vin bordelais : Château Lafleur, voisin de Petrus et l’un des crus les plus prestigieux de Pomerol, a décidé de quitter l’appellation. À compter du millésime 2025, ses bouteilles porteront la simple mention « vin de France ».

Un choix dicté par l’urgence climatique

Baptiste Guinaudeau, propriétaire du domaine, explique que les règles strictes des AOC freinent désormais l’adaptation nécessaire au réchauffement. Vendanges précoces, raisins surmûris, déséquilibre des vins : les millésimes récents, notamment 2022 et 2025, ont illustré la difficulté de maintenir un style constant face aux canicules et à la sécheresse. Le domaine a donc revu sa conduite de vigne : feuillage réduit de 30 % pour contenir l’alcool, canopée épaissie de 25 % pour protéger les grappes, irrigations millimétrées dès juin. Résultat : un 2025 annoncé comme exceptionnel, malgré des températures flirtant avec les 50 °C sur certains fruits.

La fin d’un cadre jugé inadapté

Pour la famille Guinaudeau, rester sous l’étiquette Pomerol devenait « impossible ». Les autorisations tardives et limitées d’irrigation illustrent, selon elle, le décalage entre les contraintes réglementaires et l’urgence climatique. « Nous devons cesser de vivre dans le déni », martèle Baptiste Guinaudeau, comparant cette bascule à celle provoquée autrefois par le phylloxéra.

Un pari risqué mais assumé

Renoncer à un nom mondialement reconnu comme Pomerol relève d’un pari audacieux. Mais la mention « vin de France », qui offre une liberté totale aux vignerons, permettra au domaine d’adapter densité de plantation, gestion de la vigne et apports d’eau sans contrainte. « Nous changeons pour rester les mêmes », résume la famille, qui affirme vouloir continuer à produire des vins fidèles à leur terroir, tout en ayant les moyens techniques de les protéger. À Bordeaux, où l’équilibre millénaire entre tradition et climat est bouleversé, Château Lafleur ouvre ainsi une brèche : celle d’une viticulture haut de gamme affranchie des AOC pour survivre à la nouvelle donne climatique.

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