L’Autorité de la concurrence a infligé une amende de 4 665 000 euros à Doctolib pour avoir évincé ses concurrents dans le secteur de la prise de rendez-vous médicaux en ligne. Selon la décision rendue publique ce jeudi, la plateforme a abusé de sa position dominante en imposant à ses abonnés des conditions contractuelles jugées déloyales, restreignant la concurrence sur un marché désormais verrouillé par son quasi-monopole. Cette sanction fait suite à une plainte déposée par Cegedim Santé et à une opération de visite et de saisie menée en 2021. L’Autorité reproche notamment à Doctolib d’avoir exploité de manière abusive sa double activité, la plateforme Doctolib Patient, pour la prise de rendez-vous, et Doctolib Téléconsultation, pour la pratique médicale à distance. En liant contractuellement ces deux services, l’entreprise aurait obligé ses abonnés à recourir exclusivement à son écosystème numérique, les empêchant de faire appel à d’autres prestataires.
Un marché verrouillé depuis le rachat de MonDocteur
L’enquête pointe également le rachat en 2018 de la société MonDocteur, principal concurrent de Doctolib à l’époque. Cette acquisition, d’un montant de 50 millions d’euros, a fait disparaître le seul acteur capable de rivaliser sur le marché français des rendez-vous médicaux. L’Autorité estime que cette opération a permis à Doctolib de verrouiller la concurrence et d’imposer sa présence auprès des professionnels de santé. Aujourd’hui, la plateforme revendique 80 millions d’utilisateurs en Europe, dont 50 millions en France, et travaille avec environ 400 000 praticiens. Son chiffre d’affaires annuel atteint 438 millions d’euros. Une position dominante que l’entreprise conteste fermement.
Doctolib contre-attaque et prépare son appel
Dans un communiqué, la société a dénoncé une décision fondée sur « une lecture erronée » de son activité et de son marché. Elle assure ne pas être en situation de monopole, affirmant n’équiper qu’environ 30 % des soignants français, contre 10 % au moment du dépôt de la plainte. Selon elle, ses parts de marché restent modestes à l’échelle européenne, face à des concurrents « trois fois plus grands ». Doctolib s’étonne également que la sanction repose sur le rachat de MonDocteur, « une opération d’une banalité absolue », censée accélérer son développement technologique. L’entreprise, qui dit avoir « bousculé un marché endormi et verrouillé depuis trente ans », a annoncé qu’elle ferait appel de la décision. Cette affaire marque un tournant pour le secteur des plateformes médicales, où la question de la concurrence et de la régulation devient centrale à mesure que ces outils s’imposent dans le quotidien des soignants et des patients.