Il y a un an, la Syrie basculait. Bachar el-Assad tombait, remplacé par Ahmed al-Charaa, ancien chef djihadiste, naguère recherché par Washington avec une prime de 10 millions de dollars, désormais reçu à la Maison-Blanche en grande pompe.
Un virage diplomatique spectaculaire… qui intervient alors que, sur le terrain, les chrétiens de Syrie vivent l’un des pires épisodes de persécutions de leur histoire moderne.
Le 22 juin dernier, l’attentat-suicide contre l’église grecque orthodoxe Saint-Élie, en pleine messe dominicale à Damas, a balayé les derniers espoirs. Vingt-cinq morts, des dizaines de blessés : un carnage. « En frappant une église pendant la liturgie, le message est clair : vous n’êtes plus chez vous », confiait un fidèle anéanti. Et ce message, depuis, n’a cessé de se répéter.
Une stratégie d’épuration silencieuse
Depuis janvier 2025, entre 3 000 et 4 000 Syriens de toutes confessions ont été assassinés, dans une série de violences qui frappent de plus en plus spécifiquement les chrétiens : enlèvements, tortures, braquages ciblés ; maisons incendiées ; attaques armées dans les villages ; assassinats en plein jour, comme ces deux jeunes hommes, Wissam et Shafiq Mansour, abattus en octobre dans la vallée des chrétiens.
Dans le village de Tebnah, un père de famille, Maher Shakir el-Kablan, est exécuté devant chez lui. À Tartous, un autre chrétien est retrouvé égorgé. À Soueïda, une église brûle. À Tartous encore, une voiture piégée est désamorcée de justesse devant une église maronite.
Chaque semaine apporte son lot de drames, de funérailles, et d’appels à l’aide. « Leur objectif est de nous faire fuir. Notre devoir est de rester », disent-ils aujourd’hui à Alep comme à Homs.
Le risque d’un effacement de la chrétienté syrienne
Dans un pays où 90 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, l’exode des minorités menace d’effacer l’une des plus anciennes chrétientés du monde, celle d’Antioche, celle des premiers siècles, celle qui a façonné l’Orient chrétien. Si les chrétiens partent, c’est toute l’âme historique du Proche-Orient qui disparaît.
Et pendant que des bombes explosent dans les églises, le nouveau président syrien est reçu aux États-Unis comme un partenaire de stabilité. Le contraste est glaçant.