Le Medef remet sur la table une réforme à haut risque politique : la création d’un CDI pour les jeunes qui pourrait être rompu sans motif pendant les premières années. Présentée comme une réponse au chômage des primo-entrants, la proposition a été formulée lors d’une réunion entre organisations patronales et syndicats, selon des documents consultés par l’AFP, et évoque immédiatement le spectre du très controversé « contrat première embauche » (CPE), abandonné en 2006 après une mobilisation massive.
Dans ses notes consacrées à « l’emploi des jeunes » et au « modèle productif », l’organisation présidée par Patrick Martin propose de s’inspirer du modèle italien dit « contrat à droits progressifs », mis en place en 2016. L’idée serait de transposer ce dispositif en France via un CDI à rupture facilitée au début, avec une indemnisation croissante en fonction de l’ancienneté en cas de fin de contrat. Le Medef évoque également la possibilité d’imposer à l’employeur une obligation de formation spécifique pour accompagner ces recrutements.
Autre piste avancée : un allongement de la période d’essai visant en priorité les jeunes « peu ou pas qualifiés ». Le patronat met en avant un objectif assumé : réduire ce qu’il appelle la « peur de l’embauche », qui freinerait selon lui l’accès des jeunes au marché du travail, en particulier ceux situés en bas de l’échelle des qualifications.
Le tabou du Smic relancé par le patronat
Mais c’est un autre volet qui pourrait mettre le feu aux poudres : le Medef invite aussi à rouvrir le dossier du Smic, qu’il juge parfois dissuasif pour l’embauche des primo-entrants. L’organisation propose d’« adapter » le niveau de rémunération pour un public ciblé et sur une durée limitée, possiblement via la négociation collective. En clair, un Smic différencié pour les jeunes, sous couvert d’alignement entre salaire et compétences.
Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où la question des jeunes NEET, ni en emploi, ni en études, ni en formation, reste un marqueur social sensible. Le Medef estime cette catégorie à 12,3% des 15-29 ans en France en 2023, et affirme vouloir concentrer ses mesures sur les jeunes les plus éloignés de l’emploi. Parmi les autres suggestions figurent la suppression des délais de carence entre CDD, l’allongement de leur durée légale ou encore des ajustements sur le temps partiel.
Officiellement, le Medef assure qu’il ne s’agit que de « propositions pour nourrir le débat ». Mais en ravivant un mécanisme proche du CPE, le patronat touche un point de fracture historique : celui d’un marché du travail où l’entrée des jeunes se fait de plus en plus au prix d’une précarité organisée, pendant que l’État et les partenaires sociaux peinent à trancher entre flexibilité économique et protection sociale.