Les réformes successives des retraites ont eu un effet tangible : depuis 2000, le taux d’emploi des seniors français a connu une progression quasi continue. Pourtant, malgré cette dynamique, la France reste mal classée au niveau européen, selon une étude publiée ce 23 juillet par la Dares, le service statistique du ministère du Travail. La hausse est particulièrement notable pour les 60-64 ans. En 2000, seuls 11 % de cette tranche d’âge étaient en activité. En 2024, ce taux atteint 42 %, un niveau inédit depuis les premières mesures datant de 1975. Plus largement, 60,4 % des 55-64 ans occupaient un emploi l’an dernier. Un résultat salué comme un signe d’adaptation progressive au recul de l’âge de départ à la retraite et à l’allongement de la durée de cotisation.
Un retard persistant face aux voisins européens
Malgré cette amélioration, la France fait toujours figure de mauvaise élève. En 2024, 62 % des hommes français âgés de 55 à 64 ans travaillent, contre 71 % en moyenne dans l’Union européenne. Chez les femmes, le taux s’élève à 58,7 %, légèrement en dessous de la moyenne européenne de 59,4 %. Seuls trois pays de l’UE, la Slovénie, la Croatie et le Luxembourg, affichent des résultats plus bas. Les comparaisons sont encore plus rudes avec les Pays-Bas ou l’Allemagne, où respectivement 82 % et 77 % des 15-64 ans sont en emploi, contre seulement 69 % en France. Deux tranches d’âge concentrent l’essentiel du retard : les 15-24 ans, dont seul un tiers est en emploi dans l’Hexagone, et les seniors. Ce décalage structurel pèse sur le financement du système social et limite les marges de manœuvre économiques, d’où la volonté gouvernementale d’augmenter la durée d’activité. Dans ce contexte, François Bayrou, haut-commissaire au Plan, a récemment affirmé qu’il faudrait « travailler plus », évoquant même la suppression de deux jours fériés pour soutenir la croissance. Une proposition qui alimente la polémique, alors que la France affiche déjà un volume horaire de travail comparable à celui de ses voisins les plus riches (environ 1 550 heures par an).
Des freins encore puissants au-delà de 60 ans
L’étude de la Dares souligne une forte disparité selon l’âge. Le taux d’emploi reste au-dessus de 80 % jusqu’à 56 ans, puis décroît rapidement : sous les 70 % à 59 ans, sous les 60 % dès 61 ans, pour chuter à moins de 20 % au-delà de 64 ans. Cette baisse s’explique notamment par les départs progressifs à la retraite : alors que la part de retraités reste marginale avant 55 ans, elle bondit à une personne sur huit à 60 ans, puis dépasse les trois quarts à 64 ans. Malgré les incitations à prolonger l’activité, y compris la future « prime senior », les obstacles persistent : pénibilité, discriminations à l’embauche, inadéquation des postes… En attendant, le débat sur l’emploi des seniors reste central dans les arbitrages budgétaires et sociaux des mois à venir.