LA PAZ, BOLIVIE — Des centaines de partisans de l’ancien président Evo Morales ont affronté les forces de l’ordre vendredi dans les rues de La Paz, alors qu’ils marchaient vers le Tribunal électoral suprême pour exiger l’inscription de leur chef de file comme candidat à l’élection présidentielle prévue le 17 août prochain. La manifestation a dégénéré en violents heurts après qu’un groupe de manifestants a tenté de franchir les barrages policiers.
La mobilisation intervient deux jours après la décision unanime de la Cour constitutionnelle de bloquer la candidature de Morales, l’ancien président indigène qui a dirigé la Bolivie de 2006 à 2019, invoquant la limite constitutionnelle de deux mandats. Cette interdiction ravive les tensions politiques dans un pays en proie à sa plus grave crise économique depuis quatre décennies.
Les manifestants, rassemblés sous les slogans “Camarades, que voulons-nous ? Qu’Evo revienne !”, ont été stoppés par les forces de l’ordre à l’approche du siège du tribunal électoral. Des affrontements ont éclaté : jets de pierres contre gaz lacrymogènes. La police a signalé deux blessés parmi ses rangs, ainsi qu’un journaliste et un commerçant touchés. Des manifestants ont été violemment repoussés, interpellés, ou évacués par la force, bien que les autorités n’aient communiqué aucun bilan les concernant.
Evo Morales, qui avait promis de se joindre à la marche, était finalement absent. Il est resté dans son bastion du Chapare, dans les zones tropicales, craignant selon ses proches d’être arrêté pour des accusations de traite d’êtres humains qu’il juge infondées et motivées politiquement. Le gouvernement a confirmé vendredi qu’un mandat d’arrêt était prêt à être exécuté. « S’il est aperçu dans la rue, il sera arrêté », a prévenu le ministre Eduardo del Castillo.
Le président actuel, Luis Arce, pourtant ancien protégé de Morales, a annoncé cette semaine qu’il ne se représenterait pas, tout en affirmant que la Cour constitutionnelle avait clairement écarté Morales de la course présidentielle. Cette rivalité entre les deux hommes fracture désormais le parti au pouvoir, le Mouvement vers le socialisme (MAS), qui a annoncé soutenir Del Castillo comme candidat.
La légitimité de la décision judiciaire est cependant contestée. Les observateurs rappellent que la même Cour avait autorisé Morales à briguer un quatrième mandat en 2017, arguant qu’une interdiction irait à l’encontre de ses droits fondamentaux. À l’époque, Morales avait perdu un référendum populaire mais s’était appuyé sur une décision de justice pour contourner la limitation des mandats. Le président du tribunal électoral, Oscar Hassentoufel, a rappelé que cette jurisprudence reste en vigueur, et que Morales pourrait théoriquement déposer sa candidature.
Portant des masques à son effigie, ses sympathisants ont défilé dans les rues de La Paz pour afficher leur solidarité. « Evo Morales est chacun d’entre nous. S’ils veulent arrêter Evo, ils devront tous nous arrêter », a lancé David Ochoa, représentant des manifestants.
Ce nouvel épisode de tensions politiques pourrait plonger la Bolivie dans une période d’instabilité, à quelques mois d’un scrutin présidentiel dont les enjeux dépassent la seule question de la légalité d’une candidature.