Trump relance l’accusation de « communisme » contre ses adversaires pour mobiliser sa base conservatrice
Trump relance l’accusation de « communisme » contre ses adversaires pour mobiliser sa base conservatrice

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump multiplie les déclarations tonitruantes. L’une des plus récurrentes : traiter ses opposants politiques de « communistes ». Ce terme, lourdement chargé dans l’histoire américaine, est devenu une arme rhétorique clé de sa communication, visant à délégitimer juges, enseignants, militants ou responsables démocrates. À ses yeux, ce ne serait plus seulement une opposition idéologique, mais une menace existentielle à « l’identité et aux valeurs américaines ».

Dès 2024, Trump avait clarifié sa stratégie. « Il suffit de définir l’adversaire comme un communiste ou un socialiste, ou quelqu’un qui va détruire notre pays », avait-il expliqué lors d’un point presse dans son club de golf du New Jersey. Il avait alors surnommé sa rivale Kamala Harris « camarade Kamala » — et remporté l’élection de novembre avec 49,9 % des suffrages. Fort du soutien de plus de 77 millions d’électeurs, il a depuis poursuivi cette ligne dans son second mandat.

Dans les faits, les personnes visées n’ont rien de « communiste » au sens strict. « À moins de proposer que le gouvernement nationalise U.S. Steel ou Tesla, il ne s’agit tout simplement pas de communisme », rappelle Raymond Robertson, professeur à Texas A&M. Mais le mot reste un puissant levier émotionnel, particulièrement chez les électeurs plus âgés ayant connu la guerre froide et le maccarthysme. En réutilisant ce vocabulaire, Trump ravive une mémoire collective profondément ancrée dans la peur et la méfiance.

Lors d’un récent discours dans le Michigan, Trump a déclaré : « Nous ne pouvons pas laisser une poignée de juges communistes radicaux de gauche entraver l’application de nos lois. » Une déclaration prononcée alors que son administration fait face à des critiques sur l’économie, notamment après l’annonce d’une contraction du PIB au premier trimestre liée à ses nouvelles hausses tarifaires.

Jeudi, son conseiller Stephen Miller a repris l’accusation, évoquant « le cancer communiste de la culture woke » et martelant le terme à plusieurs reprises en conférence de presse. Pour les spécialistes, cette stratégie vise à renforcer la cohésion de la base trumpiste, notamment les plus de 45 ans qui ont voté majoritairement pour lui. « Qualifier les adversaires politiques de communistes permet de diminuer leur légitimité et de susciter une réaction émotionnelle forte », explique Jacob Neiheisel, expert en communication politique.

Historiquement, cette rhétorique s’inscrit dans une tradition américaine de méfiance face au communisme, de la « peur rouge » des années 1920 à la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy. Ce dernier, tombé en disgrâce, eut pourtant un conseiller juridique de premier plan : Roy Cohn, futur mentor de Donald Trump dans les années 1980. Une filiation idéologique qui éclaire les ressorts de cette stratégie contemporaine.

Aujourd’hui, alors que la Chine demeure l’un des derniers bastions du communisme étatique, Trump poursuit sa guerre commerciale, quitte à reconnaître que les tarifs pourraient rendre certains biens inaccessibles aux Américains. Mais pour ses partisans, la lutte contre un prétendu « ennemi intérieur » reste une priorité symbolique.

« Qualifier de communistes ceux qui réclament un peu plus d’intervention publique, c’est un détournement classique mais efficace », résume Robertson. « Cela fonctionne, car c’est inflammatoire, cela rend les gens en colère — et cette colère peut devenir une habitude. »

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