Le Département d’État américain a entamé vendredi une vague de licenciements massifs, mettant fin aux fonctions de plus de 1 350 employés, dans le cadre d’une vaste restructuration ordonnée par le président Donald Trump. Cette opération, décrite comme une tentative d’aligner la politique étrangère des États-Unis sur l’agenda « America First », suscite de vives critiques, tant au sein du corps diplomatique qu’au Congrès.
Les licenciements concernent 1 107 fonctionnaires et 246 agents du service extérieur, tous basés aux États-Unis. Selon un haut responsable du Département, ces suppressions d’emplois visent à « rationaliser » les opérations nationales en supprimant les bureaux jugés redondants ou non essentiels, pour une réduction totale des effectifs avoisinant les 3 000 départs, volontaires inclus, sur les quelque 18 000 postes existants.
Ce remaniement intervient à un moment délicat pour la diplomatie américaine, alors que les tensions se multiplient à l’international : guerre persistante en Ukraine, conflit à Gaza, affrontements entre Israël et l’Iran, et montée en puissance de la Chine. Nombre d’observateurs y voient un affaiblissement stratégique de la capacité des États-Unis à faire face aux grandes puissances rivales. Le sénateur démocrate Tim Kaine a dénoncé une décision « absurde », notamment dans un contexte de compétition géopolitique exacerbée.
À Washington, des scènes émouvantes ont marqué cette journée de départs : des dizaines d’employés se sont réunis dans le hall du siège du Département d’État pour applaudir leurs collègues remerciés. Certains pleuraient en portant leurs effets personnels, tandis que d’autres, rassemblés à l’extérieur, tenaient des pancartes exprimant leur reconnaissance aux diplomates remerciés. Le sénateur démocrate Chris Van Hollen était présent pour leur témoigner son soutien.
Les employés concernés ont reçu une liste de séparation de cinq pages, leur indiquant qu’ils perdraient l’accès au bâtiment et à leurs comptes professionnels à 17h, heure locale. Plusieurs d’entre eux appartenaient à des unités sensibles, notamment celles chargées de la réinstallation des Afghans ayant travaillé pour les États-Unis pendant les vingt années de guerre.
Donald Trump avait ordonné cette refonte dès février, confiant à son secrétaire d’État Marco Rubio la mission de purger les éléments jugés « déloyaux » et de réorienter la diplomatie américaine selon des critères plus restreints. Rubio a qualifié l’actuel Département d’État d’« obèse et bureaucratique », annonçant vouloir rendre davantage de pouvoir aux ambassades et supprimer des postes liés à la démocratie, aux droits humains et à la sécurité civile.
Après des retards causés par des recours judiciaires, la Cour suprême a finalement autorisé l’administration à procéder aux coupes. Depuis, la Maison Blanche coordonne activement la mise en œuvre de cette restructuration avec l’Office fédéral de gestion du personnel. Pour nombre d’anciens diplomates et observateurs, cette décision envoie un « signal désastreux » au reste du monde quant à la place que les États-Unis accordent encore à la diplomatie.