Serbie : les étudiants protestataires réclament des élections anticipées pour faire tomber le pouvoir de Vucic
Serbie : les étudiants protestataires réclament des élections anticipées pour faire tomber le pouvoir de Vucic

Les étudiants universitaires mobilisés contre le pouvoir en Serbie ont collecté dimanche des signatures à travers tout le pays pour réclamer la tenue d’élections législatives anticipées, dans l’espoir de mettre fin au règne du président Aleksandar Vucic. Malgré un froid glacial, près de 500 stands ont été installés dans des dizaines de villes et de villages afin de mesurer le soutien populaire à cette revendication, qui ne prend pas la forme d’une pétition officielle mais vise à accentuer la pression politique.

Depuis plus d’un an, les étudiants sont à l’avant-garde d’un vaste mouvement de contestation contre le pouvoir populiste de Vucic. Les manifestations ont débuté en novembre 2024, après l’effondrement d’un auvent en béton à la gare de Novi Sad, dans le nord du pays, une catastrophe qui a coûté la vie à 16 personnes. L’accident a été largement imputé à une corruption endémique et au non-respect des règles de sécurité lors des travaux de rénovation, sans qu’aucun responsable n’ait été tenu pour compte à ce jour.

Le président serbe refuse pour l’instant de convoquer des élections anticipées, se contentant d’évoquer la possibilité d’un scrutin l’an prochain, alors que les élections législatives et présidentielles sont officiellement prévues pour 2027. « Nous avons mis en place ces stands pour créer un lien direct avec les citoyens », a expliqué Igor Dojnov, étudiant mobilisé dans le centre de Belgrade.

Les protestations menées par la jeunesse ont fragilisé Vucic comme jamais auparavant au cours de ses 13 années au pouvoir. En janvier, le Premier ministre populiste a démissionné, avant que le président n’engage un durcissement à l’encontre des manifestants, une stratégie qui a suscité des critiques internationales. Si les rassemblements de rue se sont atténués ces derniers mois, le mécontentement à l’égard du gouvernement demeure profond.

À Belgrade, Milca Cankovic Kadijevic, venue signer la demande, explique son soutien aux étudiants par une aspiration simple : « Je veux vivre dignement, pour moi, mes enfants et mes petits-enfants. » Officiellement engagé sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne, Vucic entretient toutefois des relations étroites avec la Russie et la Chine, et fait face à des accusations persistantes de recul des libertés démocratiques, de corruption et de tolérance envers le crime organisé.

Le chef de l’État rejette ces critiques et accuse les protestataires de tenter de déclencher une « révolution de couleur », sous influence occidentale. Une rhétorique déjà utilisée pour discréditer des mouvements populaires ayant, par le passé, provoqué des changements de régime dans plusieurs pays d’Europe de l’Est et au-delà.

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