Le paysage politique portugais a connu un bouleversement majeur ce mercredi avec l’annonce officielle des résultats définitifs des élections législatives anticipées du 18 mai. Le parti d’extrême droite Chega, fondé il y a seulement six ans, a devancé les socialistes de centre-gauche pour s’imposer comme la principale force d’opposition du pays. Le ministère de l’Intérieur a confirmé que Chega obtient 60 sièges au Parlement, contre 58 pour le Parti socialiste (PS), après l’intégration des votes des Portugais résidant à l’étranger.
Ce résultat marque une rupture historique dans la politique portugaise, longtemps dominée par une alternance entre le Parti socialiste et le Parti social-démocrate (PSD). En accédant à ce statut, Chega confirme l’enracinement d’une dynamique populiste et nationaliste déjà observée dans d’autres pays européens. Le parti, dirigé par André Ventura, s’est allié à des formations d’extrême droite comme le Rassemblement national de Marine Le Pen en France et l’AfD allemande, renforçant son ancrage dans un réseau continental de partis anti-système.
Le Premier ministre sortant, Luis Montenegro, dont l’Alliance démocratique (centre-droit) a remporté 91 sièges, n’a toutefois pas atteint la majorité absolue nécessaire pour gouverner seul. Malgré cela, il a exclu toute alliance avec Chega, réaffirmant sa volonté de former un gouvernement minoritaire. Le président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, doit rencontrer jeudi les leaders des trois principaux partis avant de confirmer la reconduction de Montenegro à la tête du gouvernement.
Chega, dont la rhétorique radicale cible l’immigration, la criminalité et la « corruption endémique » de l’élite politique, a fait campagne sur des propositions chocs, comme la castration chimique pour les violeurs récidivistes. Son ascension, dans un pays marqué par une histoire douloureuse de dictature autoritaire jusqu’en 1974, témoigne d’un virage profond de l’opinion publique et alimente les inquiétudes sur la montée de l’extrême droite au sein des démocraties européennes.
Alors que le PS encaisse ce recul symbolique, le résultat final consacre Chega comme nouvelle force incontournable au sein de l’Assemblée, avec un poids politique inédit pour un parti jusqu’alors marginal. Ce changement d’équilibre ouvre une période d’incertitude sur la stabilité du prochain gouvernement et sur la manière dont l’Assemblée saura composer avec une opposition plus virulente que jamais.