Le président du Conseil électoral haïtien, Jacques Desrosiers, a annoncé mercredi qu’aucune élection générale ne pourrait être organisée avant la fin du mandat du gouvernement intérimaire, prévue en février prochain. La raison : l’expansion incontrôlée des gangs armés, qui rend impossible la tenue d’un scrutin libre et sécurisé dans la majeure partie du pays.
Haïti, qui n’a pas organisé d’élections depuis 2016, traverse l’une des plus graves crises politiques et sécuritaires de son histoire récente. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, la capitale Port-au-Prince et plusieurs régions voisines sont passées sous le contrôle de groupes criminels lourdement armés. Ces gangs, en pleine expansion, imposent leur loi sur les routes, les marchés et même les quartiers résidentiels, paralysant toute tentative d’organisation politique.
« Nous ne pouvons pas organiser d’élections avant février. C’est impossible », a déclaré Desrosiers à Reuters. Selon lui, le Conseil électoral a tenté en juin dernier d’évaluer l’état de préparation des bureaux de vote à travers le pays, mais de nombreuses communes restent inaccessibles en raison de l’insécurité. Depuis cette évaluation, la situation s’est encore détériorée, avec l’extension du contrôle des gangs dans des zones rurales jusque-là épargnées, notamment dans le Bas-Artibonite, principale région agricole du pays.
Un rapport des Nations unies publié mercredi estime que seuls six millions d’Haïtiens, soit environ la moitié de la population, pourraient avoir accès à des bureaux de vote fonctionnels dans l’état actuel des choses. En début d’année, le gouvernement de transition avait encore évoqué la tenue du scrutin autour du 15 novembre 2025, un objectif désormais hors d’atteinte.
L’impasse politique laisse planer une profonde incertitude sur l’avenir institutionnel du pays. Aucun plan clair n’a encore été annoncé pour la période suivant la fin du mandat du gouvernement intérimaire. Pendant ce temps, les violences s’intensifient : enlèvements, affrontements entre bandes rivales et exodes massifs de civils sont devenus le quotidien de millions d’Haïtiens.
Sans rétablissement rapide de la sécurité, les perspectives d’un retour à la démocratie s’éloignent encore davantage. La communauté internationale, notamment l’ONU et la CARICOM, appelle à une intervention urgente pour stabiliser le pays et permettre, à terme, la tenue d’élections crédibles. Mais sur le terrain, la réalité d’une guerre des gangs empêche toujours Haïti de tourner la page du chaos.