SÉOUL — Le climat politique s’envenime au sein du Parti du pouvoir populaire (PPP), la principale formation conservatrice sud-coréenne, à moins d’un mois de l’élection présidentielle anticipée du 3 juin. Kim Moon-soo, désigné officiellement comme candidat du PPP samedi dernier, a accusé ce jeudi la direction du parti de vouloir le « faire tomber » au profit de l’ancien Premier ministre Han Duck-soo.
Lors d’une conférence de presse tenue à Séoul, Kim a dénoncé des manœuvres en coulisses visant à l’évincer, alors même qu’il est le candidat issu des primaires. « Le processus d’unification forcée en cours est un remplacement de candidat déguisé et une tentative de me faire tomber », a-t-il déclaré, avertissant qu’il n’excluait pas de porter l’affaire en justice. Selon lui, cette pression pourrait « déboucher sur des litiges juridiques » si elle ne cessait pas immédiatement.
Le PPP tente de rassembler les voix conservatrices pour faire front commun contre le favori de gauche, Lee Jae-myung, du Parti démocrate. Mais l’initiative de la direction du PPP, qui souhaite une négociation entre Kim et Han pour désigner un seul candidat, a provoqué une onde de choc. Han, qui a quitté son poste de Premier ministre intérimaire la semaine dernière pour se lancer dans la course, n’est pas membre du PPP mais reste proche de l’appareil, notamment en raison de sa proximité avec l’ex-président Yoon Suk Yeol, récemment destitué.
D’après un sondage publié jeudi par le National Barometer, Lee Jae-myung devance Han Duck-soo (44 % contre 34 %) et Kim Moon-soo (43 % contre 29 %). Han bénéficie de plus du soutien de 53 % des électeurs conservateurs, contre 32 % pour Kim.
Les tensions internes au PPP s’ajoutent à une campagne déjà difficile, alors que le parti cherche à se reconstruire après la destitution de Yoon en avril pour avoir ordonné une loi martiale controversée. L’opposition semble profiter de cette désunion : Lee Jae-myung mène une campagne active, axée sur l’économie, l’emploi et la sécurité, tandis que les querelles internes monopolisent l’attention chez les conservateurs.
Face à la pression croissante, des partisans de Kim ont déposé une injonction pour empêcher la tenue d’une convention du parti prévue ce week-end, destinée à désigner formellement un candidat unique. Kim a proposé qu’une enquête publique soit menée après une semaine de campagne équitable pour trancher entre lui et Han. Mais les dirigeants du parti, dont Kweon Seong-dong, chef du PPP, rejettent cette proposition et ont même entamé une grève de la faim pour forcer Kim à céder.
La date limite d’inscription des candidatures étant fixée au 11 mai, le temps presse pour le camp conservateur, de plus en plus fracturé à l’approche d’une élection cruciale.