L’ancien ministre du Travail Kim Moon Soo a été désigné candidat du principal parti conservateur sud-coréen à l’élection présidentielle prévue le 3 juin prochain. Figure de la droite dure, Kim devra affronter le favori libéral Lee Jae-myung dans un contexte politique particulièrement tendu, marqué par la destitution du président sortant Yoon Suk Yeol.
Kim Moon Soo, 73 ans, a remporté 56,5 % des suffrages lors des primaires du Parti du Pouvoir du Peuple (PPP), battant son unique rival, l’ancien ministre de la Justice Han Dong-hun, représentant d’un courant réformateur minoritaire au sein du parti. Kim a immédiatement appelé à une large alliance des forces conservatrices pour éviter une dispersion des voix face au candidat libéral. « Je m’allierai avec quiconque pour empêcher la prise de pouvoir de Lee Jae-myung et des forces du Parti démocrate », a-t-il déclaré lors de son discours de victoire.
Cette présidentielle vise à élire un successeur au conservateur Yoon Suk Yeol, évincé en avril par la Cour constitutionnelle après sa mise en accusation par l’Assemblée nationale en décembre. Sa décision controversée d’instaurer la loi martiale avait déclenché une tempête politique, même au sein de son propre camp. Kim Moon Soo, qui faisait alors partie du gouvernement, s’était opposé à cette mesure, tout en dénonçant l’impeachment de Yoon. Il avait gagné en popularité auprès des partisans les plus fidèles du PPP en refusant, à l’Assemblée nationale, de s’excuser publiquement pour la décision de Yoon, contrairement aux autres membres du gouvernement.
Han Dong-hun, son rival battu, avait quant à lui rompu avec la ligne dure du parti en soutenant l’impeachment de Yoon aux côtés de l’opposition. Son profil plus modéré aurait pu, selon certains analystes, séduire davantage les électeurs centristes. Mais c’est finalement la ligne conservatrice assumée de Kim qui l’a emporté.
Ancien syndicaliste dans les années 1970 et 1980, Kim s’est tourné vers la droite après avoir renoncé à ses idéaux révolutionnaires à la suite de l’effondrement des régimes communistes. Depuis, il a occupé des postes de premier plan, notamment celui de gouverneur de la province très peuplée de Gyeonggi pendant huit ans, et a été député à trois reprises.
S’il est élu, Kim a promis de renforcer la lutte contre la corruption, de réformer les régimes de retraite, de déréguler le secteur financier et d’augmenter les investissements dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle. Sur le plan international, il entend maintenir l’alliance militaire avec les États-Unis et doter le pays de sous-marins nucléaires afin de dissuader les menaces nord-coréennes.
Face à lui, Lee Jae-myung, fraîchement investi par le Parti démocrate, reste donné favori. Cependant, sa campagne pourrait être fragilisée par une décision récente de la Cour suprême, qui a ordonné un nouveau procès concernant des accusations de fraude électorale. Une éventuelle condamnation pourrait suspendre sa candidature à quelques semaines du scrutin.
Alors que la campagne s’intensifie, l’issue de l’élection dépendra en grande partie de la capacité de Kim à unir les conservateurs autour de lui et à convaincre un électorat encore marqué par la crise institutionnelle provoquée par la chute de Yoon Suk Yeol.